herbertshausen3Depuis de nombreuses années, nous nous réunissons en ce lieu afin de commémorer les prisonniers de guerre soviétiques abattus ici par les SS en 1941/42. Plus de 4500 personnes furent assassinées ici. Des soldats qui ont défendu leur patrie contre l'assaillant fasciste. Sans l'engagement des Soviétiques et de l'Armée rouge, les Alliés n'auraient eu presqu'aucune chance de gagner la guerre contre l'armée allemande. Les détenus libérés des camps de concentration, des ghettos et des camps de prisonniers de guerre n'auraient pas survécu. Le « travail » des camps d'extermination d'Auschwitz, Treblinka, Sobibor, Belzec et des autres aurait été poursuivi « jusqu'à l'extinction de la race juive ». La terreur dans le Reich allemand et les territoires occupés se serait poursuivie. Il n'y aurait jamais eu de loi fondamentale telle que nous la connaissons aujourd'hui. Quelle signification revêt aujourd'hui la mémoire ? Nous le savons : Dès que le pouvoir a été transféré aux nazis en 1933, ils ont mis en pratique l'antisémitisme propagé sous la République de Weimar : Les citoyens juifs furent persécutés, les magasins juifs boycottés et détruits. Des dispositions et lois furent promulguées qui, avant toute chose, nous exclurent de plus en plus, nous les Juifs, de la société. On retira leurs mandats tout d'abord aux élus communistes, puis aux socio-démocrates, et leurs partis furent interdits. Ils furent arrêtés en tant qu'adversaires politiques, souvent torturés, et remplirent les prisons et camps de concentration nouvellement aménagés. Des mesures furent prises pour renforcer l'armée allemande et l'on fit des préparatifs de guerre. Si les nazis ont pu réaliser – cela et bien d'autres choses - avec autant de succès et en s'appuyant sur la terreur menée contre le mouvement ouvrier, c'est parce qu'ils ont réussi de plus en plus à ancrer et intensifier leur idéologie de haine du genre humain propageant l'anticommunisme, le racisme et la doctrine du surhomme auprès de la majorité de la population allemande. Avec leur propagande brandissant la menace du « péril judéo-bolchévique », l'État nazi et ses complices ont créé une image efficace de l'ennemi au niveau de la politique intérieure et extérieure, permettant et exigeant une extermination sans aucune retenue. C'est cette idéologie prônant la haine de l'homme et sa stratégie de violence qui l'accompagne, qui est si dangereuse.
Elle s'incruste dans les cerveaux. Ôte aux êtres humains toute capacité critique et toute velléité de résistance. Ils deviennent des spectateurs, des béni-oui-oui et finalement des protagonistes.
Après la Libération et la création de la République fédérale, presque rien n'a été entrepris pour lutter contre cette idéologie.

Bien au contraire : Comme nous l'apprenons encore une fois aujourd'hui dans le contexte de l'instruction contre 50 anciens gardiens encore en vie du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz, - retardée et ajournée durant des décennies, pendant plus d'un demi-siècle, - « à l'époque, la poursuite judiciaire des criminels nazis n'était pas susceptible d'être majoritaire ». Presque 2/3 des personnes travaillant au sein des administrations d'Allemagne fédérale étaient d'anciens responsables des autorités nazis de telle sorte que même la commission d'enquête de Ludwigsburg n'a pas pu faire valoir ses sentences « auprès des autorités normales chargées de rechercher les malfaiteurs ». C'est ce que savent aujourd'hui les responsables de l'État dans les parlements et les administrations !

Comment est-il donc possible que des organisations néonazies et autres associations racistes puissent propager leur idéologie hostile à l'être humain, presque toujours sans être inquiétées, notamment lors de manifestations et démonstrations ? Et que des hommes et des organisations qui s'y opposent, sont encore considérées comme des ennemis de la constitution « d'extrême-gauche » et taxées de criminelles ? que le gouvernement fédéral refuse de s'associer à la demande d'interdiction du NPD formulée par les Länder, donnant ainsi un signal important et ouvrant une voie ? que la protection de la constitution a totalement échoué en ce qui concerne la poursuite et l'empêchement de crimes perpétrés par les néonazis, et qu'elle n'a pas seulement encouragé la formation de structures nazies grâce à des aides financières ?
que des personnes nous demandant aide et asile sont rejetées pour la grande majorité d'entre elles ? Et que si elles parviennent à arriver ici, elles doivent vivre dans des conditions inhumaines. Comment est-ce possible que des hommes politiques s'opposent souvent à des groupes de personnes qui recherchent ici protection et justice, avec les mêmes préjugés racistes qu'autrefois ?

herbertshausen4Il est absolument incompréhensible pour moi également que la justice ait suspendu la procédure intentée contre des criminels de guerre qui ont assassiné 560 personnes à Sant Anna en Italie en 1944. On doit connaître les crimes des nazis, les combattre et les condamner pour reconnaître en tant que tels les crimes d'aujourd'hui. Cette connaissance et notre expérience illustrant où l'anticommunisme, l'antisémitisme, tout racisme et toute guerre aboutissent, montrent néanmoins combien il est urgent et nécessaire d'y faire obstacle. C'est ainsi qu'ici, dans ce lieu où ont été perpétrés des crimes nazis les plus horribles qui soient, nous devons encore et toujours déplorer que la contribution de l'Union soviétique, de l'Armée rouge à l'effondrement du fascisme ne soit pour ainsi dire aucunement mentionnée dans la culture mémorielle en Bavière et en République fédérale.
C'est toujours l'effet de l'anticommunisme qui empêche jusqu'à nos jours une analyse de l'histoire qui soit pragmatique, digne et historiquement équitable. En fait partie également le fait que le gouvernement fédéral refuse jusqu'à aujourd'hui de reconnaître l'injustice nazie en faisant un geste humanitaire envers les rares anciens prisonniers de guerre soviétiques encore en vie. 27 millions de citoyens soviétiques ont péri lors de la guerre d'extermination de l'État nazi. La mort par la faim de la population civile et des prisonniers de guerre avait bien été programmée.

3,3 millions des 5,7 millions de prisonniers de guerre soviétiques ont été victimes de la dictature nazie pour des raisons raciales et idéologiques. Le 27 janvier 2013, dans un appel de l'organisation Contact lancé pour la journée du souvenir aux victimes du nazisme qui a été signé par d'éminentes personnalités, on peut lire notamment ceci : « Ces 'camps de Russes' étaient des camps de la mort. Les conditions de détention étaient par moments plus atroces que dans les camps de concentration. Pourquoi l'ignorer ? Le gouvernement fédéral est invité à ne plus mépriser les anciens prisonniers de guerre soviétiques et à décider de faire un geste de reconnaissance ! ». Dans un article de la SZ publié le 25 avril, la question est posée : « pourquoi n'y-a-t-il en Allemagne aucun monument dédié aux prisonniers de guerre soviétiques ? »shootingrangeherbertshausen