Angela Merkel Dachau 2

Monsieur le Ministre d'État Spaenle, Monsieur Freller,
Madame Hammermann, Monsieur Dietz de Loos,
Monsieur Mannheimer, Messieurs les survivants,
Chère Madame Knobloch, Chère Gerda Hasselfeldt,
Chers représentants du Landtag de Bavière,
Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie beaucoup de m'avoir invitée à visiter le mémorial du camp de concentration de Dachau. Nous tous associons ces bâtiments à un chapitre terrible, effroyable et sans précédent de notre histoire allemande. Mais vous, cher Monsieur Mannheimer, ainsi que les autres survivants qui se trouvez parmi nous, vous avez dû vous-mêmes vivre cette horreur. Pour vous, la privation des droits et la persécution, la faim et la maladie, la terreur et la violence, et les assassinats arbitraires ont autrefois été votre amer quotidien. C'est pour moi un moment émouvant de vous rencontrer en ce lieu, vous et d'autres témoins et familles de victimes. J'aimerais vous remercier tous très cordialement d'être venus. Je sais que cela requiert chaque fois beaucoup de force pour revenir là où vous ou vos proches ont enduré tant de souffrances.
Une douleur si profonde perdure toute la vie. Elle reste en même temps liée à ses vestiges de pierre. Le concept de mémoriaux comme celui-ci y est rattaché. Ils touchent la compréhension ainsi que les sentiments des visiteurs. Ainsi, ce qui s'est passé en ces lieux, redevient proche de façon saisissante.

Les débuts du camp de concentration de Dachau remontent à 80 ans. Début 1933, les nazis prirent le pouvoir en Allemagne. La persécution des adversaires politiques, des Juifs, des Sinti, des Roma, des handicapés et des homosexuels commença immédiatement. Les premiers camps de concentration virent le jour. Parmi eux le camp de concentration de Dachau.

Le nom de Dachau devint tragiquement célèbre. Car le camp de Dachau a servi de modèle au système concentrationnaire sur lequel reposa la machinerie de persécution nazie de l'Allemagne et même l'atroce rupture de civilisation, la Shoah. Ce fut le seul camp de concentration à perdurer pendant toute l'époque nazie. Il y a eu à Dachau et dans ses camps extérieurs plus de 200.000 détenus. 41.500 y moururent. Le 29 Avril 1945, des troupes américaines ont libéré les survivants.

Chaque détenu – du camp de Dachau ou d'un autre camp de concentration – avait bien entendu une histoire personnelle bien à lui qui a été atrocement fracassée voir même anéantie. Le souvenir de ces destins me remplit d'une tristesse et d'une honte profondes.

En même temps, il émane de lieux tels que le mémorial du camp de Dachau un avertissement insistant : Comment a-t-il été possible d'en arriver en Allemagne à ce qu'on dénie tout bonnement à des êtres humains la dignité humaine et le droit de vivre en raison de leur origine, de leur religion, de leur conviction politique ou de leur orientation sexuelle et à ce que l'immense majorité des Allemands ne fit rien contre ou pour le moins laissa faire ? Des lieux de mémoire comme celui-ci invitent chacun à contribuer à que cela ne se reproduise plus jamais, à ce qu'on ne permette plus jamais de regarder avec indifférence, de hausser les épaules voir même d'applaudir lorsque des êtres humains sont discriminés, harcelés, persécutés et, dénués de toute protection, doivent finalement craindre pour leur vie.

La responsabilité permanente de ce qui s'est passé nous incombe à nous autres Allemands. C'est aussi la raison pour laquelle nous subventionnons les institutions qui commémorent les victimes et les crimes de l'Allemagne perpétrés sous le nazisme. Nous nous opposons résolument à toute forme d'antisémitisme, de racisme et d'extrémisme de droite et soutenons le courage civil et l'engagement bénévole. Ce qui s'est passé nous l'a enseigné : la mémoire doit être transmise de génération en génération. Les jeunes doivent savoir quelle souffrance a été enfantée par l'Allemagne. Ils doivent apprendre comment ils peuvent s'opposer aux tendances extrémistes. Vous aussi, qui êtes jeunes aujourd'hui, vous devez de nouveau assurer plus tard la transmission à vos enfants et petits-enfants.

Angela Merkel Dachau 4

Cher Monsieur Mannheimer, en tant que rescapé de l'holocauste, vous témoignez des horreurs du nazisme. Votre souhait ce faisant a toujours été – je vous cite : «de construire des ponts pour la réconciliation et le rapprochement, pour renforcer la démocratie, pour s'opposer à l'antisémitisme et le racisme à partir des périodes sombres de l'histoire».
De nombreux témoins et survivants ont fait comme vous et le font encore aujourd'hui bien que très âgés. Je vous témoigne ma sincère considération que vous le fassiez pour nous qui n'avons pas dû vivre ces horreurs. Je vous en suis très reconnaissante. C'est donc pour moi un grand honneur que vos visitiez avec moi le mémorial du camp de Dachau. Je vous en remercie parce que je sais que cela ne coule pas de source. C'est un pont de l'Histoire vers le présent et également vers l'avenir que nous voulons continuer de bâtir.
Un cordial merci que je puisse être là aujourd'hui.