BMW travaillait déjà depuis 1934 pour les nazis.

Les installations souterraines de production étaient des bunkers avec des murs de 9 à 15 mètres d’épaisseur. La SS fournissait les travailleurs forcés qui, au début, furent amenés du camp de concentration de Dachau. Toutefois, la plupart du temps, la SS construisait les camps à proximité des établissements industriels. Et ce fut également le cas pour l’usine BMW d’Allach. Un camp extérieur au camp de concentration de Dachau fut construit ici à partir de 1942, avec la participation de la SA BMW – on trouve des preuves y afférentes dans les archives municipales de Munich.

Ce camp était relié à l’usine BMW par un pont, jeté sur le ruisseau Sachwabenbächl détourné par BMW, un corridor de fils barbelé et par un pont de bois au-dessus de la Dachauerstrasse (route de Dachau). Les déportés étaient acheminés et harcelés vers leurs places de travail par ce corridor entouré de barbelés. Il y avait aussi une petite prison sur le site de la Sarl de construction de moteurs d’avions de BMW. La construction de l’usine souterraine n’a jamais été achevée.Sur la trentaine de baraques d’habitation se trouvant en 1944 au camp « OT-Lager Karlsfeld », un agrandissement du camp d’Allach, il y avait 18 écuries très sales. Même après les travaux d’aménagement, cela demeura des hébergements très primitifs.

Lager Allach 1bb kleinDans les archives municipales de Munich, on trouve des demandes et des plans de la SA BMW datant de 1942 concernant la construction d'une canalisation au camp de concentration extérieur d'Allach – qualifié au début de camp russe et qui appartenait à BMW. Cependant, ce ne sont nullement les baraques d'habitation des détenus qui furent raccordées à cette canalisation, mais bien les WC et installations sanitaires ainsi que les baraques de l'intendance et les baraques des gardiens SS. C'est ainsi que vit le jour le plus grand camp extérieur du camp de concentration de Dachau qui en compta plus de 180.

Le camp fonctionna à partir du 19 mars 1943. Cet ensemble a été élargi en 1944 avec le camp OT- Karlsfeld. Un WC en pierre et un baraquement pour une infirmerie furent aussi construits. Cette baraque est maintenant la seule baraque restante et l’un des rares vestiges demeurant des camps de concentration d’Allach-Karlsfeld.

Lager Allach2La majorité des 4000 à 5000 forçats étaient affectés à la construction ou dans les usines de BMW. Les établissements industriels produisaient des moteurs d’avion pour les Junkers, avions de transport de voyageurs et avions militaires. En 1945, on fabriqua à Allach également des appareils moteurs pour fusées.

L’administration SS locale recevait de BMW environ 6 RM par jour et par travailleur forcé. Cela représentait environ la moitié du salaire normal d’un salarié. 0,30 RM en était déduit pour le repas de midi (1 litre de soupe). À 9 heures, il y avait au début 150 grammes de pain, vers la fin de la guerre 65 grammes. Le repas du soir au camp était constitué d’un litre de soupe et de 200 grammes de pain. Les autres «employeurs » des travailleurs forcés étaient la firme de travaux publics du nom de Dyckerhoff et l’Organisation Todt.

Lager Allach 3
1. Camp Allach 4. Camp forçats

2. Karlsfeld étranger

3. BMW-fabrique 5. Camp de prison de SS

Les dimensions du site : approximativement 300 mètres carrés. Le camp avait été conçu pour environ 6000 prisonniers, à certaines périodes on en compta toutefois jusqu’à 22.000 complètement épuisés! Sur les quelques 5.000 prisonniers détenus habituellement dans ce camp de concentration, environ 2.500 avaient la nationalité française. On y comptait aussi principalement des prisonniers allemands, polonais, soviétiques, tchèques, belges, néerlandais et yougoslaves, les détenus étaient originaires de 23 nations. La plus grande partie des prisonniers étaient des hommes, des détenus politiques, mais il y avait également de nombreux prisonniers de guerre. On comptait relativement peu de déportés juifs.

Les horaires de travail à BMW étaient de 6 h. 00 à midi et de 13 h. 00 à 18 h. 30. Les détenus se levaient d’habitude à 4 heures, l’appel du matin avait lieu à 5 h. 15. En hiver, les détenus étaient réveillés à 5 h. 00. À 21 h. 30, la lumière était éteinte dans les baraques. Les baraques pullulaient de poux. Les détenus étaient épouillés au moins tous les dimanches.

 

La garde du camp était aux mains d’environ 800 SS appartenant à l’unité des « Têtes de mort ». La majorité des SS étaient des Allemands. Mais il y avait aussi des SS de nationalité hongroise, roumaine et croate. Le commandant du camp était Josef Jarolin, un Obersturmführer (lieutenant) de la SS et son adjoint était Sebastien Eberl, un Hauptscharführer (adjudant-chef) de la SS. Jarolin fut condamné à mort ainsi que 35 autres criminels de guerre lors du procès principal de Dachau en décembre 1945. La sentence fut exécutée en mai 1946.

Eberl échappa au châtiment car il prétendit avoir souffert de MST durant la guerre. Il y a eu plusieurs procédures d’enquêtes instruites contre Eberl, mais elles furent toutes suspendues. Ces investigations pénales ont eu pour conséquence l’audition de très nombreux témoignages qui ont été enregistrés et sont conservés dans les archives municipales de Munich. Eberl ne fut jamais condamné pour les atrocités qu’il a perpétrées et mourut en 1982.

Sur un plan du camp dessiné à la main est marqué l’emplacement d’une potence fixe. Mais il y avait aussi une potence mobile qui était amenée du camp de concentration de Dachau et installée sur la place d’appel. Les documents et dessins qui peuvent être consultés aux archives municipales de Munich en témoignent.

 

Lager Allach 4 Lager Allach 5

Le 30 avril 1945 au matin, approximativement 10.000 prisonniers dont environ mille femmes, furent libérés par la 42ème division Rainbow de la 7ème armée US. Parce qu’il y avait des maladies contagieuses au camp, les Américains proclamèrent une quarantaine. Ce n’est que vers la fin du mois de mai que la plupart des prisonniers purent repartir chez eux.

Lager Allach 6Sur le site du camp de concentration, la baraque en pierre est l’un des rares vestiges datant de l’époque nazie. Deux plaques commémoratives ont été apposées en 1997. L’une des plaques a un texte allemand, l’autre un texte français.C’est le seul emplacement où l’on trouve encore le nom d’Allach. Rien de subsiste plus des baraquements en bois. Les fondations du bloc 5 est maintenant une piste pour planches à roulettes et, sur une autre fondation, se trouve la baraque du bureau d’une firme. De nombreux prisonniers néerlandais se trouvaient dans le bloc 5. 

 
Lager Allach 8 Lager Allach 7
 
 69133 Herman Breen NL

Le camp de concentration d’Allach s’est volatilisé, il a littéralement et physiquement disparu de la surface de la terre. Même sur le site web du Mémorial de Dachau, Kaufering et Mühldorf sont cités, mais pas un mot sur Allach !

Nous devons traiter avec respect ce qui a eu lieu au camp de concentration extérieur d’Allach. Plus jamais de ces atrocités. Sur le site du camp, un « lotissement pour personnes déplacées » a été construit pour environ 320 personnes de plus de 20 nationalités. L’ouvrage publié en allemand « Ende und Anfang » (20 avril 1945 - Fin et début – Du camp de concentration extérieur d’Allach au lotissement de München-Ludwigsfeld – publié chez Sokola en 2005, ISBN 3-9331231-15-1) décrit cette histoire de façon très documentée : la disparition du camp de concentration d’Allach et la naissance du lotissement de München-Ludwigsfeld.  En tant que groupe du Projet Allach du Comité International de Dachau, nous voulons essayer de sauvegarder les rares vestiges encore existants. L’exposition sur le camp de concentration d’Allach/le lotissement Ludwigsfeld pourrait peut-être être placée dans la baraque en pierre ou à côté.

Au nom de Groupe du Projet Allach, Pieter Breen.

 

Le groupe du Projet Allach du CID se compose de Benoît Darmont (B), Christl et Peter Wilmitzer (D) et Pieter Breen (NL). Merci beaucoup à Dr. Sylvie Graffard (F), à Carla Pressott (GB) et à Ewgenij Repnikov M.A. (D). Avril 2014

 Source de photo’s : Amicale des Anciens de Dachau, -BMW Group Archiv, Landesvermessungsamt Bayern, P.H.Breen