edmunds familyLa famille que je n'ai pas pu avoir

Cornel Lustig écrit l'histoire de sa famille.
De façon personnelle et pleine d'émotion qu'on n'oublie pas de si tôt.

Vous trouvez la version roumaine  ici

La famille que je n'ai pas pu avoir 

Chers internautes,
Merci d'avoir accédé à notre site.
Regardez l'image ci-dessous : quatre personnes (sur plusieurs millions) sans visage ou identité, sans couleur de peau, religion, origine ethnique, opinions politiques, handicaps, orientation sexuelle ou toute autre «déviation», que certains peuvent considérer comme nuisibles à l'humanité, mais que le même sort attend : ils sont à 1,3 km de la mort ! Ils ne le savent pas. Ils savent seulement qu'ils vont prendre une douche. Oui, une douche, mais c'est la douche de la mort ! Ils vont réaliser cela seulement quand ils seront nus et enfermés dans la... salle de « douche », car ce n'est pas de l'eau qui va couler du plafond, c'est ... la mort ! On leur a menti avec une cruauté et un sadisme sans limite : c'est en fait une chambre à gaz. À côté, se trouve le crématoire. Dans 1,3 km, ils vont tout simplement disparaître. Pas de tombe, pas de nom, pas de vie, pas de souvenirs, pas de parents, pas de biens personnels, aucune trace... rien... comme s'ils n'avaient jamais existé !
Regardez-les encore une fois !
Très souvent, croyants ou non, nous commençons nos questions avec « au nom de Dieu ».
Au nom de Dieu (quel que soit le Dieu auquel nous croyons ou pas), quel genre d'erreurs pourraient avoir fait ces êtres humains pour mériter un tel sort ?

 

picture intropage

Une vingtaine d'années après (dans les années 60), ma cousine Mariana rentrait de l'école (à Cluj, Roumanie) et a demandé à ses parents :

" Comment se fait-il que je n'ai pas de grands-parents ? "

...
Comment était-ce possible ?
Que pouvons- nous faire pour empêcher que cela se répète ?
Nous nous le sommes tous demandé et nous nous le demandons encore.
On a besoin en tout cas d'esprits malades, maléfiques, pour apporter ce mal absolu dans la vie, en tant que philosophie de vie.
Mais cela n'aurait pas été suffisant. Évidemment, on a besoin de gens avec des esprits sains mais qui, pour une raison ou une autre, ont décidé de tourner la tête et ainsi de faire place au mal.
Si vous ne croyez pas ou vous n'êtes pas d'accord avec cela, peut-être êtes-vous d'accord avec « Souffle dans le vent », la chanson de Bob Dylan :
Oui, et combien de fois un homme doit-il tourner la tête
En faisant semblent de ne rien voir ?
....
Oui, et combien d'oreilles un homme doit-il avoir
Avant qu'il ne puisse entendre les gens pleure r?
Oui, et combien de morts, cela lui prendra-t-il avant qu'il ne sache
Que trop de gens sont morts
Chers surfeurs,
Je vous remercie pour la patience avec laquelle vous avez lu ce qui est écrit ci-dessus, et si vous avez un peu plus de temps, maintenant ou un autre jour, je vous prie d'aller sur les prochaines pages et de lire nos histoires, des événements anciens ou plus récents, nos opinions, nos pensées.
Quoi que vous décidiez, je souhaite que ce que vous avez lu jusqu'ici, vous fasse arrêter, et ne pas tourner la tête chaque fois que vous voyez le mal ! Que ce soit un passant jetant négligemment un morceau de papier sur le sol ou toute sorte de violence d'un être contre un autre, il faut réagir ! C'est la seule chance de rendre notre vie meilleure et aucun enfant dans ce monde ne devra plus jamais poser une telle question, aucun parent ne devra plus jamais vivre la tragédie de cette réponse.
Je vous souhaite une belle vie et j'espère, que vous ne devrez jamais témoigner du mal, de près ou de loin.
Merci encore.
Cornel

Neveu d'un être (qui aurait été ma grand-mère) qui, avec trois autres êtres, ses plus jeunes enfants (qui auraient été mes oncles et ma tante), ressemblant douloureusement à l'image ci-dessus, il ya 70 ans, ont suivi le même chemin, et après 1,3 km ont ... disparu !


 


 

Il était une fois

Il était une fois...
Voilà comment toutes les histoires d'enfance commencent ou ont commencé, n'importe où sur cette terre et dans toute langue parlée sur cette planète.
Ensuite, rois, princes et princesses, fées, enfants pauvres, enfants riches, hors la loi, même les fruits et légumes ou des poupées et ... Dieu sait qui et quoi d'autre, ont passé par toutes sortes de happenings ou d'épreuves. Ils ont combattu avec toutes sortes d'ennemis, obstacles, mensonges et injustice et puis, avec l'amour pour les gens, la beauté et la vérité, avec l'aide de leurs amis, ou tout simplement de ceux qu'ils rencontreraient sur leurs routes, punaises, mouches, papillons, chevaux ailés, nains... ou Dieu sait quoi d'autre, ils ont toujours réussi à gagner, ils mettent au grand jour le bien et la vérité, ils ont arrêté les erreurs, ont rendu l'amour aux gens, épouses, enfants, petits-fils et au-dessus de tout cela... ils vivent depuis ensemble, heureux pour toujours !
Comme tout autre enfant, je les ai toutes entendues - et croyez-le ou pas - même maintenant alors que j'ai 58 ans, j'écoute, presque chaque dimanche, le programme de théâtre radiophonique pour enfants. (La dernière fois que je l'ai écouté, c'était le tour de « Alice au pays des merveilles »).
Mes histoires d'enfance ont commencé comme toutes les autres, mais certaines d'entre elles....


 


 

L'histoire d'Edmund

Il était une fois un petit garçon qui est né près de Cluj, en Roumanie. Ses parents l'ont nommé Edmund. Le bébé est devenu un enfant, a joué pendant son enfance comme tout autre enfant à cette époque ou aujourd'hui, est allé à l'école, et un jour, est devenu un jeune homme du nom d'Edmund Lustig. Comme tout autre jeune homme, il est tombé amoureux d'une jeune fille du nom de Iolanda Hermann.
Mais il y avait un problème : la jeune Iolanda, d'une famille assez riche, selon les traditions juives, n'avait pas le droit de se marier avant sa sœur aînée.
Mais en dépit de tout cela, parce qu'ils s'aimaient tendrement, ils se sont mariés. Iolanda a été déshéritée, et même quand il amenait ses enfants rendre visite à leurs grands-parents, on n'a pas laissé Edmund rentrer dans la maison.
Ils ne se sont pas laisser aller, et avec Edmund qui travaillait comme notaire public (plus « en dehors » de cet emploi que « dans » cet emploi), ils ont eu 7 enfants qu'ils ont réussi, avec beaucoup d'efforts et de difficultés, à élever, à envoyer à l'école, ils ont réussi à construire une famille normale, avec des joies et des peines, des hauts et des bas... jusqu'à ce que le « grand méchant loup » arrive, cette fois vêtu d'un uniforme noir et avait des plumes de coq sur son chapeau ; les bénévoles Nylas, instruments du régime fasciste hongrois de ce temps-là - les ont forcés le 3 mai 1944 à partir de leur maison, les on mis sur des chars à bœufs, les ont entassés dans le ghetto de Cluj, puis les ont mis dans des trains, dans des wagons à bestiaux, et après une longue route, sans rencontrer de fées, de bons chasseurs, de lampes magiques... pour les aider à se battre, le 9 Juin 1944, ils sont arrivés à Auschwitz-Birkenau..., la station terminus... de la vie.
Iolanda et les trois petits enfants ont été gazés dès leur arrivée. Edmund et les 3 autres enfants ont continué à « vivre » à Birkenau.
Peu après son arrivée, Edmund a été déporté à Mauthausen. Après son arrivée, un témoin oculaire survivant, nous a dit que l'un des « bons chasseurs », les Américains, ont bombardé pour une fois la région et Edmund – quelle « ironie » du sort – est blessé par un éclat d'obus, est mort en disant : J'ai sept enfants et aucun d'entre eux n'est près de moi sur mon lit de mort. (Ce genre de mort était plus « humaine » que celles de ses codétenus qui sont morts, écrasés par la faim, par le froid (ils n'avaient pas le droit de fermer les fenêtres de la caserne pendant l'hiver), par les coups et les centaines de pierres pesant jusqu'à 50 kg qu'ils devaient porter sur leur dos en descendant et montant les milliers de marches de la carrière de Mauthausen, ou tout simplement en sautant de la falaise – ironiquement surnommée par les nazis « Le mur de parachutistes » - parce qu'ils ne pouvaient plus supporter).
Ce fut l'histoire d'Edmund, le grand-père, que je n'ai jamais eu !
Il manque quelque chose ?
Ah oui... ! La partie avec les petits-fils (moi inclus) et... ensemble, heureux pour toujours !
Pourquoi ?
Parce que... il était une fois... sans le demander, bébé Edmund est né... Juif !
Et ils étaient des millions Et pas seulement les Juifs. Ils étaient Tsiganes, opposants politiques, prisonniers de guerre, personnes handicapées et toutes sortes d'autres "catégories" que d'autres millions de personnes croyaient (et malheureusement croient encore) qu'ils sont des « sous-hommes » et un danger «mortel» pour l'avenir de l'humanité et doivent disparaître.
Comment était-ce possible ?
Parce que la reine des abeilles ne pouvait pas rentrer pour les aider (les voitures du train n'avaient pas de fenêtres) ?
Parce que Batman, Superman, Spiderman... n'a pas été encore inventé ?
Ou parce que nous, les « bons chasseurs » de ces jours-là (mais d'aujourd'hui aussi), pour une raison ou une autre, ont décidé de ne pas prendre de mesures et, quand ils l'ont fait, c'était trop tard pour Edmund et tous les autres ?
Que restait-il d'Edmund ?
Un morceau de papier !
Dans leur méticulosité diabolique les médecins nazis du camp ont noté dans leur journal :
Edmund Lustig, mort à l'infirmerie, le 14/07/1944, à 7h. 20.

document edmunds dead

Outre la merveille de la «survie » de deux photos de famille, ceci est la seule «trace» laissée sur cette terre par les 5 membres de la famille d'Edmund, morts dans les camps de concentration nazis.
Cornel Lustig
En mémoire de mon grand-père, exactement 70 ans après sa mort !
14/07/2014

 

 

edmunds family

La famille d'Edmund
Debout: Tiberiu, Eva, Oliver (mon père), Emilian
Rangée du milieu : Cornel, Iolanda, Cornelia, Edmund
En bas : Valentin

 

 

 


 

Cornelia et Cornel

(Ou le sens de la «chance»)
Je pense que la seule merveille du monde se passe dans le ventre de la femme.
(Ni la roue, ni les pyramides, l'électricité, la vapeur, la radio, la bombe atomique, la télévision, les ordinateurs portables ou, Dieu nous en garde, le téléphone mobile. Non!)
C'est l'apothéose de la création. À partir de rien, il rassemble tout ce qui est le meilleur dans l'univers et crée un autre... univers : un petit être qui vient au monde, pour la joie des parents, amis... de l'humanité.
Mais que faire s'ils sont deux, ou trois ou plus ? Rien de plus simple : l'émerveillement est double, triple... et nous les appelons : des jumeaux !
Identiques, différents, « plus vieux, plus jeunes » de quelques heures ou jours, garçon et fille, blanc, noir, chocolat, avec yeux bleu, brun, ronds, obliques...
Qu'est-ce qui peut être plus « universel » et plus « unique » en même temps que l'enfant qui vient au monde, grandit, lentement commence à jouer avec la roue, l'énergie électrique... le téléphone mobile et toutes les autres inventions (pas des merveilles) et qui, quand son tour viendra, tombera amoureux de l'humanité... si tendrement que, par une merveille répétitive, il créera un nouvel univers (enrichi de ses propres inventions) que nous devrions tous protéger : l'être humain (à côté de tous les autres êtres, parts égales de l'univers éternel).
Quelle joie, quelle surprise sur les visages de tout le monde. En face d'une telle merveille, qui pourrait avoir une autre réaction que l'amour, le bonheur, l'enchantement ?

mengele„Dr". Josef Mengele

 

 

 

Jamais entendu parler de lui ?
Le « médecin » du camp de concentration nazi d'Auschwitz-Birkenau - « l'Ange de la Mort » dont la spécialité médicale était la sélection des détenus « inaptes au travail » / « malades » pour les chambres à gaz et son « expertise » dans le domaine de la recherche : les expériences les plus inhumaines sur... les humains.
Sa « faiblesse » particulière en tant que « médecin de la recherche » : des expériences sur des jumeaux !
Par conséquent, l'un des ordres entendus sur la rampe de la mort de Birkenau, chaque fois qu'un nouveau transport arrivait, a été :

„Les Jumeaux en avant !"

Le 9 Juin 1944, 8 des 9 membres de ma famille, sont « arrivés » à Birkenau - Auschwitz. Parmi eux Cornelia et Cornel, les jumeaux qui auraient eu 14 ans dans moins de 2 semaines.
Dans une « inspiration » du moment, lorsqu'elle a entendu l'ordre « Les jumeaux en avant », Iolanda, leur mère, ne les a pas laisser partir et peu de temps après, le même jour, ils ont été emmenés à la chambre à gaz...

cornelandcornelia

Cornel, Iolanda, Cornelia

Chaque fois que j'ai raconté cette histoire, les remarques de mes auditeurs ont toujours été : pauvres âmes, quel sort... Quelle «chance» ! Oui « quelle chance » est toujours ma réponse.
Ne pensez pas que je suis fou, rappelez-vous le titre de cette histoire : "Cornelia et Cornel (ou le sens de la« chance ») et pensez une seconde :
Jumeaux, 14 ans, une fille et un garçon, « Dr. » Josef Mengele.
Je refuse même de penser par quoi ils auraient dû passer avant de mourir (de toute façon), s'ils n'avaient pas eu la « chance » de marcher aux côtés de leur mère pour la chambre à gaz !
Ces aberrations, ces distorsions (nommez-les comme vous le souhaitez) ont été et seront toujours le résultat de l'idée que celui à côté de nous, seulement parce qu'il est différent ou fait les choses différemment, est une personne inférieure.
En mémoire de Cornelia - ma tante - et Cornel - mon oncle (d'après lequel, dans la tradition juive, je fus nommé) deux parmi les millions de... un univers perdu !

27/09/2014

 


 

 

L'étreinte de Iolanda

Je dirais que le geste le plus affectueux entre les êtres humains est l'étreinte. De cordialité, d'amitié, de joie, de tristesse, de douleur, d'amour, de manque de mots... comme un adieu !
Je dirai encore que parmi celles-ci, celles qui m'impressionnent le plus sont les étreintes entre un enfant et ses parents.
Depuis que je me connais, je pleure très facilement, « pour quoi que ce soit ». Par exemple, même maintenant, si je vois 10 fois le moment où Nadia Comaneci obtient sa première note de 10, 9 fois j'ai les larmes aux yeux, mais absolument à chaque fois, dans la réalité ou dans un film, quand je vois un enfant qui, de bonheur ou de peur, courant vers sa mère et s'embrassant, je pleure ! Je regarde et je sens presque la chaleur, l'abri, l'amour, l'encouragement de ses bras et de ses yeux qui te regardent et j'entends presque les mots que...
... mais parmi les centaines de personnes nues, dans la salle de «douche», sur lesquelles... la mort coule du plafond, que peut faire la mère Iolanda ? Elle a pris le petit Valentin dans un bras et avec l'autre, serre Cornelia et Cornel près d'elle ? Elle est à genoux les embrassant tous ? Elle les regarde ? A-t-elle eu la force de les regarder dans les yeux ? Aimerait-elle leur dire quelque chose, mais il n'y a pas assez d'air même pas pour respirer...
Depuis longtemps maintenant, je me demande qu'est-ce que c'est que ces larmes ? Depuis un certain temps, depuis que je commence à écrire l'histoire de ma famille disparue, je me demande : ces larmes pourraient-elles être les mots que Iolanda n'était pas capable de dire aux enfants auxquels elle a donné naissance et qui, maintenant, étaient en train de mourir dans ses bras ? (Et si elle a pu dire quelque chose... qu'aurait-elle dit ?) Pourraient-elles être le cri d'après la mort d'une mère, pour le droit à la vie de tout enfant, qui est en train de mourir, ou est-ce mon impuissance à moi aussi, à faire quelque chose pour eux...
... mais pas pour les autres qui vivent maintenant et vont vivre aussi longtemps que la planète, la «maison» que nous partageons tous, nous portera. Pour eux, c'est encore possible !
Edmund, Cornelia et Cornel, le petit Valentin, Iolanda et tous les autres millions n'existent plus. Même leurs cendres ont été dispersées par le vent et vont flotter pour toujours au-dessus de nous!

Ne permettez pas cela se répète !


 valentin

Valentin
En mémoire de Iolanda, la grand-mère que je n'ai pas eue, la mère que la vie et les gens de cette époque-là ont mis face à l'ultime... étreinte.
En mémoire de Valentin, mon « petit » oncle qui a vécu aussi longtemps que sa mère a pu le prendre dans se bras.
Pour mon père Oliver, l'un des quatre survivants de la famille, qui m'a dit que son plus grand chagrin est que, sur la rampe de la mort de Birkenau, il n'a jamais eu la chance d'embrasser sa mère et ses frères... pour un adieu !
Cornel Lustig
10/08/2014