Allocution du commisaire général (2s) J-M Thomas,

Président du Comité International de Dachau,
le 30 avril 2017.

 

Les événements qui ont dévasté l’Europe entre 1940 et 1945 sous le régime hitlérien n’appartiennent pas encore à l’Histoire, pour plusieurs raisons.

Tout d’abord parce que des témoins des horreurs passées sont toujours là. Et je salue avec respect les survivants du camp de Dachau présents aujourd’hui parmi nous en les remerciant. Hélas, leurs rangs s’éclaircissent et je pense notamment au départ si douloureux l’an dernier de l’un d’entre eux, Max Mannheimer, ancien vice-président du CID, dont la sagesse, la bienveillance et la lucidité rayonneront je l’espère longtemps ici pour guider nos actions de mémoire.

En second lieu, cette réalité tient au fait que le traumatisme de ce passé est indépassable, inoubliable, pour les peuples d’Europe, si profondément marqués par les déportations nazies dont le camp de Dachau fut l’école puis le “modèle” du système concentrationaire, génocidaire et de répression. Nous avons le devoir de ne pas oublier et c’est la mission du mémorial de Dachau d’apprendre cette histoire aux nouvelles générations.

Un autre aspect de ce constat est que, 72 ans après la fin des hostilités et la libération du camp que nous commémorons aujourd’hui, les références à ce passé sombre sont fréquentes, souvent trop fréquentes et hors propos.

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Malheureusement, l’évocation du nazisme et ses qualificatifs sont aujourd’hui employés de façon inconsidérée, outrancière et disproportionnée, alors que le nazisme demeure un horizon inégalable dans l’inhumanité et l’abjection. Les réseaux sociaux peuvent être des échanges d’invectives. Et certains excédés, à court d’arguments et craignant la réplique, en viennent à traiter leur correspondant de “nazi”, insulte suprême mais inappropriée et dont la banalisation est un danger.

Cette omniprésence du souvenir du nazisme est également toujours la source d’amalgames de répulsion contre des pans entiers de nos communautés nationales car ils ont été utilisés par Hitler. Elle peut ainsi parfois contaminer sournoisement le regard de certains enver la nation, le drapeau, l’uniforme, l’armée, ou la défense, avec des effets de rejets inconscients.

Enfin, la seconde guerre mondiale demeure trop souvent le prisme à travers lequel nous continuons à analyser l’actualité quotidienne et à décrire notre monde contemporain.

Le nazisme et ses crimes, qui ont si profondément marqué le monde entier, sont donc toujours présents parmi nous et malheureusement ravivés par l’actualité.

J’ai moi-même évoqué l’an dernier le renouveau du fanatisme, du terrorisme et de la barbarie dans plusieurs pays où beaucoup d’innocents ont été assassinés au nom d’une idéologie totalitaire. En montrant que plusieurs points communs dans les motifs et les méthodes permettaient de faire un parallèle avec le nazisme. Les termes de cette mise en garde devant le monument de Dachau, avec sa devise « Plus jamais ça », n’étaient pas galvaudés. Car depuis, la liste des victimes s’est accrue de 1 000 morts et 1 800 blessés du fait des attentats revendiqués uniquement par Dae’sh.

Mais une nouvelle référence hitlérienne vient malheureusement de franchir un pas inadmissible, avec l’odieuse attaque émise contre madame Angela Merkel, accusée d’avoir des « pratiques nazies »

Comment ne pas réagir à ces propos indignes envers la chancelière fédérale, venue deux fois se recueillir devant ce monument en confirmant la place spécifique du camp de concentration de Dachau ? Le CID avait eu l’honneur de lui remettre le Prix André Delpech et elle nous avait déclaré à cette occasion :

« Entretenir la mémoire et le souvenir rend hommage aux victimes et sert à façonner la vie d’aujourd’hui et notre avenir. La mémoire est indissociablement liée à notre opposition résolue et constante à toute forme d’extrémisme, d’antisémitisme et de racisme – et à la défense des droits de l’homme, de la paix, de la liberté et de la liberté d’expression. Ce n’est qu’ensemble en Europe que nous pouvons préserver et renforcer ces biens si précieux et pourtant si vulnérables qui constituent le socle d’une vie dans la dignité. »

Comment ne pas réagir également à l’insulte qui suivit, faite à nous tous, je cite : « Si les Européens n’étaient pas marqués par la honte, ils remettraient en place des chambres à gaz », à propos de décisions de l’Allemagne et des Pays-Bas d'interdire à des responsables politiques turcs de se rendre à des meetings politiques sur leur sol.

Le CID se devait de dénoncer solennellement ces propos honteux et cette cérémonie lui en offre l’occasion.

Comment enfin ne pas réagir quand le monument berlinois aux 6 millions de victimes juives et aux dizaines de milliers de Sinti et Roma est qualifié par de « monument de la honte » par un homme politique.

Le CID a aussitôt écrit un communiqué en mémoire de toutes les victimes du nazisme et les comités internationaux d’Auschwitz, Buchenwald, Mauthausen, Natzweiler-Sruthof, Neuengamme, Ravensbrück et Sachsenhausen se sont joints à lui en exprimant à toutes les autorités des Fondations des Mémoriaux et des Mémoriaux des camps leur total soutien et leur vive reconnaissance pour leur travail de mémoire sur le nazisme. En réaction contre cette déclaration qui, elle, est une véritable honte.