Discours de la chancelière fédérale Angela Merkel

lors de la commémoration du 70ème anniversaire de la libération du camp de concentration de Dachau le 3 mai 2015

rede merke 3mailIMG 9784Monsieur le Ministre-Président, cher Horst Seehofer,
Madame la Présidente du Landtag,
Ses Excellences,
Monsieur Freller,
Madame Hammermann,
Mesdames, Messieurs,

Je salue tout particulièrement ceux qui furent libérés voici 70 ans par des soldats américains, qui ont survécu à ce camp de concentration et qui maintenant, – également accompagnés de leurs familles – sont revenus ici pour que nous nous souvenions ensemble des horreurs qu'ils ont vécues et endurées en ce lieu. Nous venons d'en entendre parler de manière poignante. J'aimerais tout autant saluer ceux qui ont libéré ce camp. Merci beaucoup que certains d'entre eux puissent être également ici. Je ressens une profonde gratitude et c'est pour moi un grand honneur de pouvoir vous parler aujourd'hui.
L'année de commémoration de 2015 est entièrement placée sous le signe du 70ème anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale et de la libération du nazisme. Au début de cette année, le 27 janvier, on a commémoré la libération du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz par les soldats de l'armée soviétique il y a 70 ans. Auschwitz est considéré comme le synonyme de la privation des droits et de la persécution de millions d'êtres humains pour la rupture de civilisation de la Shoah amorcée par l'Allemagne.
Le 27 janvier, nous nous souvenons chaque année de tous les êtres humains qui furent dépouillés de leurs droits, persécutés, torturés et assassinés. Plus de 200.000 de ces êtres persécutés et torturés ont été détenus entre 1933 et 1945 au camp de concentration de Dachau ou dans l'un de ses nombreux camps extérieurs. Ils furent persécutés et détenus parce qu'ils pensaient différemment, croyaient différemment, vivaient différemment de ce qui correspondait à l'idéologie nazie - ou tout simplement parce qu'ils étaient là. C'était des hommes, des femmes, des enfants. Ils venaient de l'Europe entière. Ils venaient même de nombreuses autres parties du monde, d'Asie et même – ce que le public sait moins jusqu'à aujourd'hui – de parties de l'Afrique, du Congo, du Sénégal et d'Érythrée. Nous commémorons les 41500 personnes qui n'ont pas survécu à ce lieu.

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Nous pensons aussi aux survivants qui ont dû subir ici la terreur et les atrocités inimaginables, en ont été et en sont marqués à vie. Cela me touche profondément que vous ayez pris sur vous les tracas du voyage et que vous soyez parmi nous. Au nom de tous, j'aimerais exprimer mes plus vifs remerciements à Monsieur Samuel, Monsieur Naor, Monsieur Feierabend et aussi à Monsieur Mannheimer.
C'est un grand bonheur que des hommes comme vous soient prêts à nous raconter l'histoire de leur vie. Les immenses souffrances que l'Allemagne nazie vous a infligées, échappent en réalité à notre entendement. Les récits des rescapés sont d'autant plus essentiels qu'ils permettent à tout le moins d'appréhender ce qui s'est passé. Vos touchantes et impressionnantes histoires aident notamment les jeunes gens à relier l'aridité des chiffres et données à des visages, à des noms et à des parcours individuels. Ce sont les voix et mémoires des rescapés qui nous permettent à nous tous, et tout particulièrement à la jeune génération, de trouver des réponses à la question de savoir pourquoi le souvenir des horreurs du nazisme est si important, si indispensable pour nous aujourd'hui et pour l'avenir – une mémoire qui ne se limite pas à des discours commémoratifs mais une mémoire qui s'inscrit dans une perspective d'avenir.
À intervalles réguliers, des études montrent combien les opinions antisémites sont propagées ici, dans notre pays mais également dans le monde entier. Mais nous n'avons pas non plus toujours besoin d'études pour cela, nous n'avons qu'à simplement ouvrir nos yeux et nos oreilles Car aucun d'entre nous ne peut fermer par exemple les yeux devant le fait que des synagogues, des écoles juives, des magasins et autres institutions ne s'en sortent pas sans une protection massive de la police, ni non plus devant le fait que des slogans antisémites haineux et des actes de violence se déploient par exemple lors de manifestations contre Israël, ou encore devant le fait que des rabbins soient attaqués dans de grandes villes au cœur de l'Allemagne.

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Et nous ne pouvons encore moins fermer les yeux devant les terribles attaques terroristes, par exemple devant l'attentat perpétré contre le musée juif de Bruxelles l'an dernier ou devant l'attentant contre la rédaction du journal satirique « Charlie Hebdo » et les clients d'un supermarché kascher à Paris au mois de janvier de cette année. Ces attentats montrent deux grands fléaux de notre époque : le terrorisme et antisémitisme islamiste meurtrier, la haine des juifs.
Ces attentats ciblent des personnes et des institutions à titre individuel – mais ils touchent à la fois la dignité inviolable et inaliénable de l'homme et, par conséquent, la base de notre ordre fondamental libre et démocratique. C'est pourquoi nous sommes tous invités sans relâche à ne jamais fermer les yeux ou les oreilles face à ceux qui injurient, menacent et agressent ceux qui s'identifient d'une certaine manière en tant que juifs ou bien qui défendent l'État d'Israël. Nous sommes tous invités sans relâche à faire comprendre clairement et sans ambiguïté que le judaïsme est une partie de notre identité, que la discrimination, l'exclusion et l'antisémitisme ne doivent pas avoir de place chez nous, qu'ils doivent être résolument combattus avec toute la conséquence des moyens de l'état de droit. C'est le devoir de notre état, mais aussi notre devoir de citoyen. Nous faire toujours prendre conscience de ce devoir étatique et civique – nous le devons à toutes les victimes du nazisme, également aux victimes de cet ancien camp de concentration ici à Dachau. Nous le devons aux survivants. Et nous le devons à tous.

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C'est pour cette raison que les mémoriaux comme celui-ci sont si essentiels. Ce sont des lieux où l'on ressent encore aujourd'hui la souffrance des victimes, 70 ans après leur libération. Ce sont des lieux d'information, de recherche et de recueillement. Ils présentent des événements, des expositions, le descriptif et le contexte de vestiges de constructions authentiques. Les mémoriaux sont des lieux de confrontation vivante avec l'histoire. Le travail exhaustif de formation et de transmission aux multiples facettes réalisé par des institutions telles que le mémorial du camp de concentration de Dachau, est inestimable. Merci à tous ceux qui s'engagent pour ce travail. En tant que lieu d'enseignement pour les générations futures, ils veillent à sauvegarder et transmettre les connaissances sur ce qui s'est passé – d'autant plus lorsqu'un jour il n'y aura plus parmi nous de témoins, plus de survivants du nazisme. Les mémoriaux contribuent pour une part essentielle à l'éducation à la démocratie.
J'aimerais remercier ici les collaborateurs du mémorial du camp de Dachau tout comme les collaborateurs de tous les mémoriaux des camps de concentration encore une fois pour leur travail remarquable, également en dehors des journées anniversaires, car il s'agit-là d'une activité continue. Je le fais avec la conviction que vous continuerez à sauvegarder et à transmettre chaque jour à nouveau la mémoire malgré toutes les difficultés. Car malheureusement – et ceci doit être également dit en cette journée – des événements nous emplissent de consternation comme par exemple le vol de l'ancienne porte du camp de concentration de Dachau en novembre dernier, symbole central du calvaire des détenus. Jusqu'à aujourd'hui, la porte n'a pas été retrouvée. La porte que l'on voit aujourd'hui est une reproduction. Des faits comme celui-là montrent clairement combien il est important, en ayant conscience de la responsabilité perpétuelle de l'Allemagne pour les atrocités du passé, de travailler chaque jour pour un bel avenir, pour un avenir meilleur.
Nous devons travailler ensemble pour que des jeunes ne deviennent pas chez nous la proie de « meneurs de rats et joueurs de pipo » extrémistes. C'est pourquoi le gouvernement fédéral soutient les activités et projets multiples favorisant la tolérance, renforçant la compétence sociale et la compréhension de la démocratie, notamment dans ce qui a trait au travail avec les jeunes et les parents. Nous devons supprimer la raison d'être de toute forme de discrimination extrémiste et de violence au sein des familles.
Mesdames, Messieurs, en cette année de commémoration de 2015, les anciens camps de concentration et d'extermination ont été l'objet d'une attention accrue dans la conscience publique au cours des semaines passées. Ils furent libérés l'un après l'autre il y a 70 ans Partout, les mêmes images d'horreur incommensurable se son imposées. Elles nous appellent tous à ne pas oublier. Non, nous n'oublions pas. Nous nous rappellerons – pour les victimes d'hier, pour nous et pour les générations futures.
Un cordial merci.