Alfons de Taevernier

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Alfons de taevernier
Reconstitution des événements postérieurs au 15 février 1944

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Sur les traces de mon père, pour mes sœurs Mady (†) et Betty, pour mes enfants et petits-enfants, cette Mémoire à transmettre, et pour tous ceux qui ont connu et connaissent encore aujourd’hui le drame de l’intolérance »

(à Denise Epstein)

 



 

 

 

 

« Ce livre rend hommage aux Flamands et aux Flamandes qui ont souvent tout sacrifié pour ne pas vivre sous le joug de l’oppresseur. Ils ont résisté à mains nues, alors qu'autour d'eux régnaient la peur, l'indifférence ou même l'hostilité générales. Cette poignée de Flamands a agi, lutté et souffert dans la clandestinité la plus absolue ; les présentations de drapeaux et les défilés n’ont suivi qu’après la libération de la côte et du pays.

Cet hommage foisonnant aux Flamands blancs, bien que tardif, résulte du sentiment d’exaspération face au dédain que la droite et le gouvernement flamand ont manifesté envers leur mémoire. Un sentiment d’agacement aussi face au peu d’intérêt de « la patrie reconnaissante envers les abrutis de la résistance » *. Cet ouvrage est donc un hommage aux citoyens qui, en ces jours d'anxiété, ne se sont pas cachés derrière l'ignorance, mais ont tenté à l’aide d’élastiques et de lacets de ligoter le sinistre Gulliver de la mégalomanie allemande »

Johan Anthierens dans « Zonder vlagvertoon »

* Le néerlandais J. Blokker, scénariste du drame télévisé « De Partizanen » primé au Festival du cinéma néerlandais en 1995

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

« De plus en plus de personnes considèrent la guerre comme une période limitée dans le temps et depuis longtemps révolue. Comme si le passé était devenu une curiosité touristique, à laquelle il n'est plus nécessaire de prêter attention. Un point de vue dangereux et réducteur, car pour ceux qui restent, cette guerre ne s'est JAMAIS achevée. Pour les survivants non plus, qui après la libération, ont généralement tu les souffrances qui leur ont été infligées. Il leur était alors trop pénible d'en parler et personne n’a attendu qu’ils s’expriment. En effet, une nouvelle ère était venue, qui scandait PLUS JAMAIS DE GUERRE !! Cela promettait d'être formidable. Et chacun ne pensait plus qu'à fêter cela !!! »

Jos Vander Velpen « Breendonk : Chronique d'un camp. »

 Le mot résistance n'était alors que rarement, voire jamais, prononcé. On parlait des « Blancs » et des « Noirs » ou du « Nouvel ordre », dont les adeptes en uniforme défilaient en tenue militaire noir ébène. Après la guerre, tout le monde n'avait plus à la bouche que le mot « Résistance ».

La plupart des gens adoptaient une position d’attente. Dans l'absolu, on était anti-allemand, mais les soucis et les dangers quotidiens qu'impliquait un engagement amenaient les gens à subir les événements plus ou moins passivement. On essayait de traverser la guerre et l'occupation en restant autant que possible indemne.

 

 

 


 

 

 

 

Les gens ont appris à connaître l'occupation avec tous les problèmes, les pénuries et la privation de liberté qu’elle entraînait, non seulement sur le plan matériel mais aussi sur le plan moral et psychologique… Les « Noirs » défilaient en uniforme et parcouraient les rues d'un air arrogant. Il fallait descendre du trottoir pour laisser la place aux soldats allemands. On nous disait quand nous pouvions sortir ou non… ce que nous pouvions lire et ce qui était interdit… quelles stations de radio nous pouvions écouter. Les juifs devaient porter l'étoile de David !! Les Allemands ne se contentaient pas de voler notre nourriture… ils nous occupaient, nous exploitaient. Ils étaient les CHEFS. Presque tout nous était interdit.

Père a toujours été un défenseur des libertés individuelles. Il ne pouvait se résoudre à accepter que d'autres décident à sa place sans le consulter. Et il n’était pas le seul. Celui qui vit dans un pays occupé découvre vite que l'ennemi décide et dispose de toute chose. Pour sortir du troupeau, il faut réagir ! Père voulait en sortir, il ne voulait pas être de ceux qui vivaient sous la contrainte des « Verordnungen » (arrêtés), « Bekanntmachungen » (mises en gardes) et autres « Verboten » (interdictions)... La résistance commence avec le refus de se soumettre !

(traduction libre de « l ne reste plus tellement de Temps pour faire entendre notre Voix » de Ch. Brusselairs)

 

 

 

 

 

 



 

 TURNHOUT

Oude Vaartstraat 60

 

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1939 Alfons de taevernier (père) se marie avec Elisabeth Van Doninck (mère – maman)

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1940- Menace de guerre – Mobilisation
Vous voyez père (1re rangée à gauche) lors d'une visite
du Roi Leopold III
à son Régiment

 


 

 

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1940 - Menace de guerre
Mère, enceinte, s'enfuit avec les parents de père vers la France.
Ici, à Montluçon, est né le 1/8/1940 leur fils Roger
Magnifique bébé !!!!


 

Dans la nuit du 15 au 16 février 1944 , Père a été arrêté par la GFP (Geheime Feldpolizei ou Police secrète allemande) pour suspicion d'espionnage. Il était depuis peu contraint de se cacher, dissimulé dans le puits en L situé derrière notre maison, Oude Vaartstraat 60 à Turnhout. Une infirmière, Geraldine van Caeckenberghe , avait trouvé début février à l'Abwehr une liste de personnes qui devaient être arrêtées le 7 février. Elle en a averti A. Fruythof et, par l'intermédiaire de celui-ci, Père, G. Wauters et d'autres encore avaient été prévenues.

Je n'ai jamais oublié tous ces soldats allemands qui ont déferlé dans notre maison… J’entendais Mère hurler sur les soldats depuis la chambre à coucher… Ces souvenirs ont pendant longtemps hanté mes cauchemars. Père a été emmené en oubliant malheureusement de laisser derrière lui sa chevalière, son alliance et sa montre.

Qui aurait pu pourtant imaginer une telle issue tragique ?

Quelques mois avant son arrestation, il était à Anvers avec son frère August. Pour s'amuser, ils sont entrés chez une diseuse de bonne aventure près du Koninklijk Circus. Celle-ci a dit à Père qu' « un jour, il partirait loin et que son départ causerait beaucoup de chagrin à sa famille ». Ces mots ont résonné dans sa tête et, plus tard, il a raconté en pleurant à oncle Gust son rôle dans la résistance, surtout à quel point il craignait pour sa famille et pour lui-même.

Comment tout cela est-il arrivé ?

Pourquoi Père a-t-il été arrêté ?

  • Depuis le 1 er juillet 1942, il faisait partie du groupe de résistance M.N.B. (Mouvement National Belge) qu'il avait intégré grâce à Gust Wauters, (papetier, qui habitait à côté de chez nous), alors chef du M.N.B. (ou B.N.B. en Flandre) pour la Province d'Anvers.

 Le Mouvement National Belge
Comparé aux deux géants que sont au moment de la libération l'Armée secrète et le Front de l'Indépendance, le Mouvement National Belge (MNB) fait plutôt figure d'« avorton », même s'il compte plus de 15 000 adeptes reconnus. Sa force de frappe aurait probablement pu être bien plus importante si le mouvement n'avait pas été la cible, en février 1944, d'une vague d'arrestations qui le priva de ses dirigeants et d'une grande partie de ses ressources.

Le MNB a été fondé à Bruxelles en décembre 1940 et s'est développé à partir de 1941 à l'instigation de Camille Joset, autrefois journaliste et haut fonctionnaire à Arlon, qui avait déjà été actif dans la résistance en 1914-1918. Ce grand patriote de confession catholique a su faire prospérer son mouvement dans les classes moyennes belgo-nationalistes et anti-allemandes très attachées à la politique et à la gestion sociale de l'avant-guerre dans le pays, mais qui - selon l'esprit de l'époque – étaient plutôt disposées à renforcer le pouvoir exécutif au détriment du législatif.

Mais ce qui est particulièrement important pour cette classe moyenne à prédominance francophone, c'est de repousser l'occupant par tous les moyens disponibles. Pour atteindre ses objectifs, le MNB n'hésite pas à travailler main dans la main avec des mouvements fortement orientés à droite, comme en témoigne la tentative en avril 1942 de former un front patriotique reliant le MNB à des structures comme la Légion Belge et le Mouvement National Royaliste. En raison de l'arrestation, ce même printemps, des dirigeants de ces groupements, dont Camille Joset en personne, ce projet n'a pas pu se concrétiser.

Le Mouvement National Belge sera alors dirigé par le commissaire de police de Saint-Gilles, Raymond Defonseca, un personnage tout aussi dynamique que son prédécesseur. Dans le même souci d'efficacité, Defonseca conclut en septembre 1942 un accord avec le Front de l'Indépendance (FI) afin d'assurer une coordination efficace des activités des deux groupements. Mais pour le MNB, le rapprochement s'est arrêté là, notamment car certains indices tendaient à démontrer l'intention du FI d'absorber le MNB.

En août 1941, le mouvement fonde le journal clandestin La Voix des Belges, un périodique de haut niveau journalistique qui paraît partout dans le pays (une version en néerlandais est publiée sous le nom De Stem der Belgen). En septembre de la même année, il se met en relation avec le service de renseignements Mill, pour lequel il rassemble une foule d'informations. À partir de 1941, le MNB aide aussi des personnes à fuir vers l'Angleterre Entre l'été 1943 et le début de 1944, le mouvement collabore même activement avec le réseau Comète, une ligne d'évasion de pilotes alliés.

Le MNB disposant de nombreux membres auprès des instances gouvernementales, il apporte dès la fin de 1942 une aide précieuse aux juifs et en particulier aux réfractaires. Les membres travaillant dans les bureaux de poste effectuent un travail remarquable en interceptant les lettres de délation. Enfin, le MNB compte aussi des troupes de choc qui signent des actes de sabotage à petite échelle. Son terrain d'action couvre l'ensemble du pays, même si le MNB est moins présent en Flandre orientale et occidentale.

La force de l'organisation, sa loyauté envers le gouvernement de Londres et le statut professionnel de bon nombre de ses membres font grande impression sur les agents qui arrivent de Grande-Bretagne en été 1943 pour évaluer la valeur des structures de résistance. Les autorités belges envisagent aussi de faire du MNB l'un de ses principaux points d'appui, chargé de maintenir l'ordre au moment de la libération. Mais en février 1944, alors qu'un organisateur vient d'être parachuté avec de l'argent et les plans d'action pour les mois à venir, le MNB est frappé par une répression sans précédent de la part des Allemands. Privé de ses dirigeants les plus expérimentés, de la majeure partie de son équipement et de ses principaux moyens de communication, le groupe est incapable de jouer le rôle qui lui a été assigné pour la libération.


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Père travaillait pour Shell et était à ce titre régulièrement amené à se rendre à Bruxelles. Il pouvait se déplacer très facilement (il disposait d’une voiture de fonction) et était aussi très actif dans la diffusion de la presse clandestine. ' « La Voix des Belges »
« La Voix des Patriotes »
Tout était ensuite distribué depuis la bibliothèque de Turnhout. Gust Wauters y travaillait en tant que bibliothécaire et Kamiel Van Baelen (un jeune écrivain prometteur) était son assistant. Des billets et des messages étaient régulièrement échangés au moyen des livres prêtés.

 

  • Trouver, cacher des pilotes anglais (DOTHIE), américains (MINNICH, SARNOW, WHITE) ou canadiens (MASTERS) chez des membres des groupes de résistance (notamment G. Fruythof, W. Deckx, G. Wauters ; A. Soeten, de même que chez nous à la maison…) La reconnaissance que témoignaient les pilotes survivants était incroyable. Chaque année, à Noël, nous recevions une jolie carte de la « Royal Air Force Escaping Society » et nous avons aussi reçu de magnifiques armoiries en bois de cette association, dont j'ai été fait membre.

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  • Collecte d'informations militaires et autres renseignements utiles, notamment sur les déplacements des troupes et le transport de matériel en train et par bateau en direction du port d'Anvers. Tout cela à la demande des Special Operations à Londres.

 

  • La participation à plusieurs largages d'armes, notamment à Welchelderzande, Weelde, Lichtaart... en collaboration avec les agents secrets des S.O. (Special Operations), François Beckers et Van Gijsegem. Les armes ont ensuite été transmises à la résistance anversoise.

 

La réception du largage d'armes à Geel leur fut fatale. Fin juin 1943, le groupe devait se tenir prêt à réceptionner une cargaison d'armes. Trois jours de suite, la BBC a diffusé un message codé. (« Thomas l'incrédule vous croira. ») Le parachutage eut lieu sur le Domaine royal de Geel ten Aard, près du canal. Dans les environs vivait le fermier Sus Van Lommel de la ferme « Koningshoeve » (maintenant Koningshoefsedijk à Geel ten Aard) qui indiqua le site le plus approprié. Malheureusement, le camion du garage Deckx Ward est tombé en panne et les caisses d'armes ont dû être cachées dans la forêt pour être récupérées plus tard (près de la route Retie-Geel). Des Allemands venus chasser avec un Belge (Meynendonckx de Geel) ont découvert le matériel dissimulé. C'est alors que l'on a commencé à chercher et à poser des questions. Tous les gardes-forestiers et les gardes-chasses ont été temporairement arrêtés et interrogés... sans résultat .

 

On a commencé à chercher et à poser des questions. Et ils ont été dénoncés par :

  1. Geraldine van Caeckenberhe

  2. Stella Peeraer

  3. René van Muylem

  • Son attitude par rapport à l'occupant allemand.
    Son camarade, Frans Beck de Turnhout, témoignera par la suite :
    « Je suis allé boire un verre avec Fons à St. Pieter. Le chef de la Police secrète de Turnhout est entré et nous a offert une bière. Fons l'a prise, a regardé l'Allemand dans les yeux et l'a laissée ostensiblement glisser entre ses doigts. Elle s'est écrasée sur le sol. L'Allemand était furieux. Fons continuait de le regarder. J'étais terrifié. Je pensais qu'il allait nous abattre sur place. Je suis certain que cet homme n'a JAMAIS oublié ni pardonné. »

« J'étais là quand Fons a été arrêté. »

Comment tout cela est-il arrivé ?

  • L'ex-commissaire de police W. Teller raconte dans son livre « Herinneringen van een Politiecommissaris » ( Souvenirs d’un Commissaire de police ) l'histoire d'une infirmière (Bond Moyson – Protection de l'enfance de Mol) qui s'était portée volontaire auprès de lui (il était aussi officier de la Croix-Rouge). Elle avait demandé l'autorisation de pouvoir descendre dans la rue après le couvre-feu pour venir en aide aux victimes d'éventuelles attaques aériennes. En fait, son intention était aussi d'aider les pilotes abattus. L'autorisation lui a été accordée. Il s'est aussi avéré plus tard qu'elle fut responsable de l'arrestation de presque tous les membres d'un mouvement de résistance qui ont ensuite été envoyés en Allemagne. Elle a elle-même été arrêtée, puis relâchée. Quelque temps plus tard, elle a été abattue à Meerhout par Rik Hulstman, pour l'empêcher de témoigner contre les membres du mouvement de résistance. Rik Hulstman était originaire de Leopoldsburg où il tenait un magasin de photographie. Il était membre de la résistance et se cachait à Meerhout. C'est lui qui a abattu le bourgmestre de guerre S. Berghmans (17/1/1944). En voyant la cinquième entaille qu'il fit sur son pistolet, sa femme sut qui était sa dernière victime. Elle ne saurait par contre jamais en souvenir de qui les quatre précédentes entailles avaient été faites. On peut supposer qu'il s'agissait d'infiltrés, présumés ou non, qui avaient tenté, en se faisant passer pour des pilotes anglais, de démasquer la ligne d'évasion. Pour s'assurer qu'il s'agissait de vrais pilotes, Rik devait leur poser plusieurs questions. Seules les personnes ayant suivi une formation de pilote en Angleterre pouvaient connaître les réponses à ces questions. Lorsque la personne interrogée ne parvenait pas à répondre, elle devait inexorablement être abattue. Il ferait encore une sixième entaille pour une infirmière abattue à Meerhout. Plus tard, on découvrit que le père de son enfant était Allemand, ce dont on avait très bien pu se servir pour l'inciter à parler. Il s'agissait de Geraldine van Caeckenberghe . L'Allemand en question était un médecin qui avait effectué en 1936 un stage dans un hôpital belge, où Geraldine travaillait aussi à l'époque. Son fils résidait chez ses parents à Anvers, tandis qu'elle-même vivait dans une pension à Mol. Malgré ces événements, cette infirmière a aidé la résistance, notamment en avril et en août 1943 quand elle a permis à des pilotes anglais de s'évader. Elle travaillait en étroite collaboration avec A. Fruythof. Elle est enterrée à Meerhout.

 

  • Le groupe de résistance a également été trahi par Stella Peeraer , belle-sœur de Gust Wauters, qui était éprise d'un officier allemand caserné dans le château de Turnhout. Elle rendait souvent visite à Gust chez lui et était donc au courant de bien des choses. Après la guerre, elle a perdu la vie dans des circonstances suspectes à la caserne de Turnhout (elle est tombée du 3 èe étage de la caserne BLAIRON à Turnhout). Ce qu'elle ignorait peut-être, c'est que ses frères faisaient eux aussi partie de ce mouvement de résistance.

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  • La plus grande trahison survint pourtant au sein même du groupe. Au début de l'occupation, le service de renseignements de l'armée allemande, l'ABWEHR, a fondé en Belgique un Dienststelle, dont le département « ABTEILUNG III » se consacrait au contre-espionnage, c'est-à-dire à l'infiltration de groupes de résistance pro-alliés dans le but de les faire tomber en temps opportun. Afin de mener cette opération à bien, le Abwehr fit appel à la collaboration généralement bien rémunérée d'habitants des territoires occupés, qui étaient prêts à espionner leurs compatriotes, à les duper et finalement à les dénoncer.

L'Abwehr III à Anvers avait pour agent René van Muylem alias Donald Desmet, Maerlant, Van der Meerschaut ou encore Robert, coiffeur de son état, qui résidait Belgiëlaan 171, à Anvers.

Il s'est fait passer pour un ancien officier de l'armée belge (lieutenant dans les lanciers). Il était étroitement lié à A. Fruythof et se rendait souvent chez lui. Il était parvenu à se faire incorporer dans le MNB d'Anvers. Il a assisté à différentes réunions du MNR à Anvers en compagnie de A. Fruythof.

Il était donc particulièrement bien informé des actions du groupe Turnhout-Mol, qu’il n’a pas manqué de dénoncer.

 

Après la guerre, Van Muylem a été arrêté à Paris. Au cours d'une confrontation avec A. Fruythof, celui-ci lui a demandé comment il avait pu agir de la sorte, lui qui avait si souvent joué avec ses enfants chez lui, où il avait toujours été bien accueilli.

« J'ai misé sur le mauvais cheval, » a-t-il répondu.

Il a été condamné à mort le 18/3/1947 par la Cour martiale d'Anvers. Cette condamnation a été confirmée en appel le 16/12/1947 par la Cour militaire d'Anvers. Il a été exécuté le 28/8/1948.

 

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René van Muylem

  René van Muylem, alias ' Robert' , était un agent du département anversois de l'Abwehr (Service de contre-espionnage allemand). ' Robert' était parvenu en février 1944 à infiltrer le mouvement de résistance anversois et y avait acquis une bonne réputation en fournissant de l'argent, des explosifs, des faux papiers, etc. et il a ainsi gagné la confiance des plus hauts dirigeants de la résistance. De la fin mars 1944 à sa fuite au mois d'août, il ' s'occupait' de la plupart des aviateurs arrivés à Anvers. Il avait même mis en place une fausse ligne d'évasion ' KLM' , qui opérait sous le contrôle total de l'Abwehr. Van Muylem travaillait avec une jeune femme qui allait chercher pour lui les pilotes abattus à la frontière néerlandaise/belge pour les amener à Anvers.

 

  De là, ils étaient comme on disait « mis en planque », où ils attendaient jusqu'à ce que « Robert » les livre aux nazis. Parmi les 235 aviateurs et membres d'équipage qui ont été arrêtés par l'Abwehr III/f, 177 le devaient aux efforts de Robert. Lors de son interrogatoire, Van Muylem a été très coopératif et, impassible, il a lui-même rectifié ce nombre à 176 (!). En 1945, il a été arrêté à Paris où il travaillait comme barman au Camp Lucky Strike des forces armées américaines. Il s'agissait de l'un des centres de rapatriement de la USAAF où il a, malheureusement pour lui, été reconnu par le 2 è lieutenant Robert Hoke de la 388 è Brigade, qui se trouvait être l'un des aviateurs trahis par Van Muylem. Lorsqu'il se présenta devant le peloton d'exécution, il leur cria de faire vite et de se dépêcher de mettre fin à tout cela .

 

  • Beaucoup de combattants de la résistance étaient jeunes et inexpérimentés ; ils n'étaient pas formés pour leur mission. Poussés par leur patriotisme et leur zèle, ils ont parfois commis de grandes imprudences. Leur indiscrétion et leur ténacité leur ont souvent été fatales…

 

  • Les dirigeants du MNB ont eux aussi commis des erreurs. Toutes les arrestations qui ont eu lieu en février 1944 ont résulté d'une erreur commise par DEFONSECA, leader du mouvement. Il voulait pouvoir justifier tous les actes du mouvement après la guerre et pour ce faire, il tenait des dossiers, des fiches... sur tout et tout le monde.

Une lourde erreur qui eut des conséquences terribles.

À la suite d’une razzia, la Gestapo a trouvé dans ces dossiers tous les noms et adresses, les noms de guerre (surnoms), les cachettes, les successeurs éventuels en cas d'arrestation, les boîtes postales... absolument TOUT !
Defonseca a permis de cueillir l'ensemble du MNR.

 

 

 

 

 


 

 

BEGIJNENSTRAAT

ANVERS

16/2 → 28/6/1944

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A. Wauters fut le premier à être arrêté (dans la nuit du 6 au 7/2).

Stella Peeraer avait averti l'Abwehr que le groupe était au courant de la vague d'arrestations imminente. Elle se rendait régulièrement chez A. Wauters et la tension palpable qui y régnait avait dû lui mettre la puce à l'oreille (la famille comptait 8 enfants).

A. Wauters a pris la fuite, mais il était suivi par la G.F.P. (Geheime Feldpolizei ou Police secrète allemande). Ses poursuivants l'ont laissé se rendre à Bruxelles et, comme personne ne l'y rejoignait, ils l'ont appréhendé dans le tram et emmené Begijnenstraat.
Pendant les jours et les semaines qui ont suivi, le reste du groupe a aussi été arrêté.

Tous (voir la liste ci-dessous) ont été emmenés à la prison Kriegswehrmachsgefängnis de la Begijnenstraat. La plupart d'entre eux étaient de Turnhout, d'autres venaient de Vosselaar, Mol…) (annexe 7-8)

« Une scène poignante de voir toutes ces personnes qui auparavant se réunissaient en cachette pour élaborer les meilleures échappatoires contre les Allemands si ceux-ci étaient jamais sur leurs traces. À présent, ils se trouvaient à nouveau « réunis », mais cette fois à la merci des « Gris ». L'ensemble du groupe MNB de Turnhout-Mol était coincé » (Jos Aerts)

Ludo Van Eeckhout – Mol

Jacob Van Bael – Turnhout

Alois Peeraer – Turnhout

Alfons de taevernier – Turnhout

Arthur Van Roy - Turnhout

Adolf Mussels – Turnhout

Jozef Janssens – Turnhout

Honoré Durry – Turnhout

Carolus Schoesetters – Turnhout

Alfons Peeraer – Turnhout

Calixte Misotten – Mol

August Fruythof – Mol

August Schoofs – Merksplas

August Willems – Turnhout

Albert Lenaerts – Weelde

André Lenaerts – Beerse

August Pelkmans - Ravels

Jozef Aerts – Vosselaar

Louis Mertens – Mol

Jozef Verheyen – Turnhout

Albert Van Baelen – Beerse

Jos Goetelen – Turnhout

Michael Marinus – Turnhout

Jozef Stevens – Turnhout

Jozef Peters – Mol

Jozef Verbruggen – Mol

Ward Deckx – Mol

Frans Van Eeckhout – Mol

Kamiel Van Baelen – Turnhout

 

Furent également arrêtées :

  • Mariette Dumalin (fiancée de Ludo Van Eeckhout)

  • Maria Verbruggen (tante de Ludo Van Eeckhout)

 

Des soldats les ont escortés de la Kriegswehrmachtgefängnis à la « Aufnahmezelle ». Là, ils ont dû remettre tous leurs biens : papiers, argent, portefeuille, alliance, montre… Ils ont ensuite dû se déshabiller entièrement et attendre que leurs vêtements soient fouillés, jusque dans les coutures. Plus tard, ils ont pu envoyer chez eux un formulaire préimprimé qui commençait par la phrase « Je suis en prison... ». Il y était en outre mentionné que le prisonnier pouvait écrire une lettre et en recevoir un courrier tous les quinze jours ; il pouvait recevoir deux fois par mois un colis avec des vêtements, de la nourriture et du tabac. Le poids du colis ne pouvait excéder trois kilos et les allumettes et briquets étaient interdits.

Chaque semaine, le prisonnier pouvait acheter six petites bouteilles de bière ou de limonade, pour autant qu'il y ait de l'argent sur son Konto. Les cheveux étaient coupés court… une  « Soldatenschnitt », une brosse mi-longue à la tondeuse, comme il était d'usage dans l'armée allemande.

La nourriture était infeste et surtout, venait à manquer. Le matin du pain visqueux. Avec l’eau noire et tiède que l'on appelait « café », ils recevaient quatre morceaux de sucre. À midi, une soupe maigre, la plupart du temps à la betterave ou au chou. Et la sensation de faim tenace commençait alors !

Père portait le N° 1058 et occupait la cellule 298 (individuelle). À part un lit en acier couvert d’une paillasse et d’une seule couverture, un pot de chambre et une étagère avec un pichet et une bassine, la cellule offrait peu de commodités réjouissantes.

« On disposait à peine de quelques mètres carrés pour se mouvoir, en tout et pour tout 240 carrelages gris et noir de 20 x 20 cm, alignés en alternance… » (Jos Aerts)

Jour après jour, la solitude devenait de plus en plus pesante.

Plus tard, il a été transféré dans les cellules 129 et 135. Au moins, il n'y était plus seul. (il partageait notamment sa cellule avec le Dr Breemans de Hoogstraten)

On attendait la promenade du matin avec impatience. Nous devions marcher le long des hauts murs de la cour intérieure, en rang, l'un derrière l'autre. Nous devions maintenir une distance de deux mètres entre chaque prisonnier et il était absolument défendu de parler. Les bavards devaient retourner en cellule et ne pouvaient pas sortir le lendemain. Nous avons appris à parler sans remuer les lèvres. Au milieu de la cour circulait le kleine Kreis (le petit cercle) , qui réunissait les prisonniers incapables de suivre le rythme de la marche. Quelques jours avant d'être transportés en Allemagne, on nous a aérés dans ce qu'on appelait la cage aux lions. Dans ces cages triangulaires avec des murs de briques sur deux côtés et un treillis à l'avant et sur le dessus, on ne voyait que des briques et du treillis et, loin par-dessus, un beau ciel bleu. Une triste expérience !

Tous nos gardiens étaient des militaires de la Wehrmacht. Le personnel carcéral belge n'avait pas accès à cette partie du bâtiment. La plupart des soldats étaient d’anciens militaires rappelés sous les armes médaillés de la Première Guerre mondiale, ou de jeunes invalides de guerre amputés d’un bras, portant une jambe de bois ou souffrant d’une autre infirmité encore.

Dans l'ensemble, ils n'étaient pas méchants. À part le sous-officier MAJEWSKI, qui trouvait toujours le moyen de rabaisser les prisonniers à tort et à travers. On était rarement passé à tabac, mais la « langue de caserne » était largement utilisée. La «  Sauberkeit  » (la propreté) revêtait une grande importance. Les cellules étaient nettoyées tous les jours. Dans chaque cellule, une niche contenait deux demi-briques et un chiffon. Nous devions frotter les deux briques l'une contre l'autre au-dessus d'un journal et putzen ( nettoyer) , à l’aide de cette fine poussière rouge, non seulement les cuillères et les gamelles en aluminium, mais aussi les Kübel ( sceaux ) en fer. Certains sous-officiers exigeaient aussi que nous fassions briller l'intérieur de notre pot de chambre. C'était une catastrophe aussi quand notre Bettenbau ( lit/ cadre de lit ) n'était pas au goût de nos geôliers.

Dans chaque cellule, se trouvaient trois ou quatre sacs de paille, plus ou moins remplis d'ivraie, de paille hachée ou de zostère. La nuit, nous les étalions l'un à côté de l'autre à même le sol, mais la journée, tout devait être plié et entassé dans un coin de la cellule. En outre, les couvertures, soigneusement pliées, devaient être empilées et une couverture devait recouvrir le tas ainsi formé. Il fallait que l'ensemble forme un cube parfait. ‘ Wie ein Kübus’ ; ( comme un cube ) disaient les sous-officiers. Ils se montraient très vite insatisfaits face à notre Kübus , nous traitaient de tous les noms et détruisaient notre structure si laborieusement construite. La plupart du temps, nous trouvions qu'ils exagéraient…

Après des semaines d’isolement, les prisonniers retrouvaient une cellule commune. Père gardait toujours espoir. Fort de son optimisme naturel, il redonnait du courage aux autres en inventant par exemple des menus spéciaux, en organisant des « excursions », etc.

Mère a une fois ou l'autre essayé de lui rendre visite. Je l'ai accompagnée une fois. Je n'avais que trois ans, mais je m'en souviens. Je vois encore les grandes sentinelles allemandes devant la porte de la prison, les jambes écartées, le fusil serré sur la poitrine et criant sans cesse. Je me suis enfui tant j'avais peur... Mère et moi avons dû reprendre place à la fin de la file. Mère a donné un colis pour Père... mais nous ne l'avons plus jamais revu.

On les emmenait régulièrement de la Begijnenstraat aux bureaux de la GFP, Belgiëlaan 15 à Anvers, pour les interroger. C'est le Major Bosch qui menait ces interrogatoires particulièrement violents, assisté de Günther (bourreau-questionneur) et de Loekatchi (dactylo). À plusieurs reprises, des témoins ont vu Père être traîné dehors, être battu jusqu'au sang, torturé et laissé plus mort que vif.

« Qui sait ce que l'on ressent quand deux brutes s'acharnent sur soi à tour de rôle et sans répit pendant un quart d'heure avec une cravache. À tel point qu'on ne peut plus marcher ni même tenir debout. Même le poids des vêtements devient insupportable. Sans parler des cheveux et ongles arrachés, des aiguilles électriques enfoncées dans l'anus jusqu'à faire couler le sang… Qui sait ce qu'il arrivera à ce même homme quand le jour suivant, il sera à nouveau poussé dans la voiture pour retourner se faire interroger et subir des tortures… »
(Jos Aerts)

D’après ses codétenus, Père n'a pas parlé. Plus les bourreaux étaient rudes, moins ils obtenaient de lui. (G. Fruythof – J. Aerts – Dr. G. Bremans…)

Depuis la Begijnenstraat, Père nous a encore écrit 5 lettres, les 3/2 – 20/3 – 4/4 – 16/5 et 30/5

« Et je me souviens qu'à la tombée du jour, tous les soirs avant de dormir, il sortait de sa poche la photo de sa femme et de ses enfants, et l'embrassait tendrement. Chaque fois, il avait la larme à l'œil et il était si touchant que je pleurais moi aussi ».
(D.G. Bremans – compagnon de cellule Begijnenstraat)

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L'annonce de la naissance de Betty (25/6) ne lui est jamais parvenue. Il avait déjà été transféré à Saint-Gilles.

À partir de ce moment et jusqu'à l'annonce de sa mort par la Croix-Rouge le 17/7/1945, nous n'avons plus rien su à propos du sort de Père. Pour Mère, ces longs mois ont dû être terribles.

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La dernière lettre de père (30/5/1944)
A partir de cette date jusqu'à l'annonce de sa mort (7/7/1945) plus de nouvelles !

 

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Le 21/4/1943 une fille est née à Turnhout. Elle s'appelle Mady est devient la soeur preferée de Roger. Une deuxieme fille (Betty) est née en juin 1944. Pére ne l'a jamais su (regardez la mention « geweigerd « sur l'enveloppe c.a.d. « refusé »

 

 


 

 

 

 

Saint-Gilles* - Bruxelles

28/6 → 15/7/1944

 

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*St-Gilles III (N° de matricule 52) (Baraque 2)

 

afbeelding22Le 28 juin avant le lever du jour, les prisonniers ont été tirés de leur cellule et rassemblés dans le couloir central du bâtiment. Beaucoup étaient même heureux de retrouver quelques amis. Ils ont ensuite été conduits à l'extérieur par douze SS. Un tramway fut arrêté et on fit descendre les voyageurs. Ensuite, on y a poussé les prisonniers qui ont été conduits à la Gare centrale. Au moment où le train a démarré, Kamiel Van Bael a vu le Révérend Père Neyrinck de Turnhout monter sur le quai. Ils se sont fit signe et ont nerveusement échangé quelques mots. Père lui a demandé s'il savait quelque chose à propos de la naissance de notre Betty. À Vilvoorde, les déportés ont dû à nouveau descendre du train. La voie ayant été détruite par un bombardement, le voyage se poursuivit à pied jusqu'à Bruxelles. Les derniers kilomètres vers Saint-Gilles ont été parcourus en tram. Les prisonniers ont été poussés dans le baraquement II, où devait vivre une centaine de personnes. Les détenus jouissaient ici de davantage de liberté. La principale étant de pouvoir se parler. Les Turnhoutois formaient un groupe soudé et pour bien montrer leur appartenance, ils se laissèrent pousser la moustache. Les prisonniers se partageaient eux-mêmes la nourriture. L'octroi d'un « supplément » suscitait parfois bien de l'agitation, car malgré la qualité supérieure des repas, les portions étaient plus petites et les prisonniers étaient constamment affamés.

« La sensation de faim était douloureuse et plus d'une fois, les prisonniers se laissaient tomber d'épuisement ou portaient pendant la journée un foulard serré autour du ventre. La faim, qui faisait rétrécir l’estomac, en devenait plus supportable ».
(Jos Aerts)

La faim devint une obsession : nous nous racontions les délicieux repas de fête d'autrefois ou nous inventions des recettes. Cette obsession mit aussi à mal la solidarité dans la pièce. La petitesse des rations faisait du partage du pain une tâche délicate.

Dans «  À l’ombre de la mort » , Léon Halkin a écrit un passage devenu classique décrivant l'ambiance qui régnait dans sa chambrée : 'Toutes les classes sociales, toutes les professions, toutes les opinions sont représentées. Tous les dialectes wallons, flamands, toutes les nuances de politique partisane du pays fraternisent dans un accord coloré. Les Flamands pardonnent aux Wallons de ne pas être Flamands, les manuels ne méprisent pas trop les intellectuels, et les croyants peuvent prier sans risquer d’éveiller l’ironie des communistes. Un même esprit rapproche et réunit tous ces hommes, égaux devant l’Allemand et devant la mort. Je n’ose pas l’appeler patriotisme, mais bien amour de la liberté . Peu à peu, la communion dans la souffrance crée une véritable intimité : les barrières tombent, les préjugés s’effacent, la méfiance s’oublie et de belles amitiés se nouent malgré le cadre infiniment antipathique dans lequel il nous faut vivre.’

Dans ses mémoires, «  Chronique vécue d’une époque, 1930-1947 » , le communiste Jacques Grippa décrit l'atmosphère dans la chambrée 6 dans des termes presque identiques à ceux du très catholique Halkin : ‘L'impression générale de la chambrée dans laquelle je séjournais se caractérisait par une solidarité admirable qui m'émeut encore aujourd'hui. Des travailleurs, des artisans et des intellectuels, des otages, des résistants civils et armés, des athées et des croyants, des hommes de toutes les croyances, des communistes, des socialistes, des chrétiens, des libéraux, étaient fraternellement unis dans le même esprit de résistance contre l'ennemi, son idéologie et ses pratiques. […]

La trahison de Stella faisait aussi beaucoup de bruit et ses frères subirent force réprimandes.

Les jours passaient dans une inaction infertile. Certains ont flanché et ont parlé sous la torture ignoble. On ne leur en voulait pas... l'épreuve était parfois inhumaine et tout le monde le savait.

« On se donnait à nouveau la main. C'était nécessaire, car dans les mois difficiles qui allaient suivre, nous aurions bien besoin de nous entraider ».
(Jos Aerts)

A. Van Roy, qui avait été envoyé d'Anvers à Beverlo via St.-Gilles, a de nouveau rejoint le groupe pour être transporté avec lui.

Gust Wauters, qui avait précédemment été emprisonné à Turnhout, mais qui était aussi présent Begijnenstraat, ne faisait plus partie du groupe. Il fut plus tard exécuté en Allemagne (fusillé à Sonnenburg près de Brandenburg le 31/1/1945)
(Voir A. Hohengarten, « Das Massaker im Zuchthaus Sonnenburg 30-31/1/1945 »)

Pendant l'occupation, Mgr GRAMANN, aumônier catholique en chef de la Wehrmacht en Belgique et dans le Nord de la France. Ce prêtre autrichien originaire de Vienne fut d'un grand soutien pour les prisonniers.

 

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Vienne 1885-Vienne1947

Le 15 novembre 1974, Monseigneur Otto Gramann a été enterré dans le caveau familial du cimetière de Meidlinger à Vienne. Le prêtre de 62 ans était décédé cinq jours plus tôt. L'éloge funéraire a été prononcé par le général Czulik von Thurya, un vétéran de l'armée austro-hongroise - tout comme Gramann lui-même.

Le jeune Otto Gramann avait en effet opté à l'origine pour une carrière militaire. En tant qu'officier de cavalerie de l'armée austro-hongroise

il a servi dans le quatrième régiment de hussards du Duc von Connaught und Stradeau, puis chez les Uhlan. Quelques années avant la Première guerre mondiale, à la grande surprise de son entourage, il a cependant répondu à une vocation religieuse. Il est ordonné prêtre le 25 juillet 1914, trois jours avant la déclaration de guerre autrichienne à la Serbie. Fin 1915, il devient aumônier sur le front russe, et plus tard sur le front italien. Selon Czulik, il arrivait parfois que l'ancien officier de cavalerie ne puisse résister pas à se joindre aux combats.

Après 1920, il faudra attendre jusqu'en 1936 pour que Gramann, qui a alors reçu le titre de camérier d'honneur, soit à nouveau chargé d'une mission pastorale auprès des soldats. Il est resté aumônier, même après l'Anschluss de l'Autriche par l'Allemagne nazie et l'incorporation de l'armée autrichienne dans la Wehrmacht. Après l'occupation de la Belgique, Gramann, qui parlait couramment français, devint aumônier en chef de la Wehrmacht en Belgique et dans le Nord de la France.

Son bureau se situait à Bruxelles, dans l'ancien ministère des Colonies sur la Place Royale, où se trouvait aussi le siège du général Von Falkenhausen. Il y recevait de nombreuses familles endeuillées.

Ce ‘Prélat autrichien au visage triste et distingué’ (dixit Halkin) prend en pitié le sort des condamnés à mort belges. « Comment faites-vous, demande son compatriote Herbert Prack, commissaire adjoint allemand à la Banque nationale de Bruxelles, pour assister encore et encore à ces exécutions ? » « Je fais mon devoir », répond Gramann. Le recteur de l'université de Louvain Mgr. Van Wayenbergh, qu'il a rencontré à la prison de Saint-Gilles, dira de lui après la guerre : « Il portait l'uniforme de l'ennemi dans le noble exercice d'une mission de pure charité, mais dans son âme, dans ses sentiments et ses convictions, il était l'un de nous et il était aimé de tous ceux qu'il a aidés ».

En septembre 1944, il fut obligé par le commandement suprême de l'armée allemande vaincue de battre en retraite avec elle.

 

 

« Vos citoyens sont tellement courageux. Vous avez dans les cieux de nombreux saints qui prient pour votre pays » (Mgr GRAMANN )

 

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KRIEGSGEFÄNGNIS
für NN-GEFANGENEN BAYREUTH

18/7 → 6/12/1944

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Vers la mi-juillet, un convoi partit de Saint-Gilles pour Bayreuth.
Le « gang de Turnhout » fut divisé. « Ordnung muss sein »!!! (
L’ordre doit régner ) Un convoi est constitué d'un nombre fixe de prisonniers. Pour « compléter » ce convoi, quatre hommes sont séparés du groupe, Jacques Van Bael, Alfons de taevernier, Louis Peeraer (tous les trois de Turnhout) et Ludo Van Eeckhout (de Mol).

Ayant récupéré leurs maigres possessions et ayant reçu un colis de la Croix-Rouge, ils ont entamé le voyage infernal.

Le trajet jusqu'à Bayreuth durera deux journées entières (ils passent par Liège et Herbesthal, puis par Aix-la-Chapelle et la ville dévastée de Cologne et arrivent à Nuremberg. Après un changement de train, ils poursuivent enfin vers Bayreuth). Deux longues journées qu'ils passent serrés les uns contre les autres ; une centaine d'hommes dans un wagon à bestiaux, s'efforçant de rester debout car ils sont trop nombreux pour pouvoir s'asseoir. Il ne fallut pas longtemps pour que la chaleur et le manque d'air frais fasse des ravages ; il y eut des cris, certains perdirent conscience.

Le 18 juillet 1944, ils arrivèrent à Bayreuth. À la gare de Bayreuth, ils furent enchaînés par cinq. Sur le chemin de la prison, ils furent accueillis par des huées et des femmes qui leur crachaient au visage. La population locale leur était hostile, car elle était à présent elle aussi touchée par les bombardements et subissait les frustrations de la guerre.

10 jours plus tard, le groupe fut à nouveau au complet, car les autres faisaient partie du convoi suivant (28/7/1944)

Dans la prison Kriegsgefängnis für NN-Gefangenen (Nacht und Nebel – NDT : les prisonniers représentant un danger pour la sécurité de l’armée allemande ) de Bayreuth, ils durent à nouveau remettre leurs effets personnels. Après vérification, ils furent enfermés par trois dans des cellules bien trop petites, à peine assez grandes pour étendre l'un à côté de l'autre les sacs de paille. Ici, on travaillait jour et nuit en équipe. Ils devaient réparer les tenues militaires des soldats tombés au front ou les transformer en chiffons.
Les conditions de travail étaient mauvaises et rudes. La nourriture qu'ils recevaient ne suffisait pas à leur survie. Une soupe gélatineuse de blé concassé désalcoolisé à midi et le soir, et 150 grammes de pain le matin. La tâche était trop pénible pour les prisonniers affamés.

Père, Jacques Van Bael, Louis Peeraer et Ludo Van Eeckhout sont restés à Bayreuth. Le reste du groupe a été envoyé à Ebrach, Bamberg et vers la mi-décembre à Flossenburg.

Verheyen J. fut le dernier à demeurer à Ebrach, il a ensuite été transporté jusqu'à Wolfenbüttel, Magdeburg et enfin Brandenburgfort où il a été libéré par les Américains.

 

 

Vom Märzfeld ins Konzentrationslager

 

Dutzendteich und Märzfeld, die Errichtung von Entlastungsbahnhöfen wie dem Bahnhof Zollhaus sowie durch die Anbindung der Bahngleise an die Reichsautobahn.

Der Bahnhof Dutzendteich liegt direkt bei der Zeppelintribüne. Das alte Gebäude aus 1871 wurde 1934-1936 ausgebaut. Da das Empfängsgebäude relativ klein dimensioniert war, wurden bei Massenveranstaltungen zur schnelleren Abfertigung der Fahrgäste zusätzlich 18 Hilfsbuden aufgestellt. Die Bahnsteigdächer waren im stilvollen farblichen Kontrast zum grünen Hauptbau rot gestrichen.

Der Bahnhof sollte nämlich als „besonders gute Beispiel vom Zusammenwirken zweier grundverschiedener Elemente gelten: Heimatbau mit landschaftlicher Charakteranpassung und Verkehrsbau mit den neuesten technischen Errungenschaften" (Die Bauzeitung 1934). In dem inzwischen stillgelegten Bahnhof befindet sich heute eine Gaststätte.

Zeppelinstraße 5

 

Nach Kriegsbeginn diente der Bahnhof auch zum Transport von Kriegsgefangenen und war für fast 2.000 Juden aus Franken die letzte Station vor der Deportation in die Konzentrations- und Vernichtungslager. Organisiert wurden die Deportationen des 29. November 1941 und 24. März 1942 vom Nürnberger Gestapo-Chef Dr. Benno Martin. Auch Alte und Kranke mussten ihre Koffer mehrere Kilometer weit vom Sammellager in Langwasser bis zum Bahnhof schleppen. Dabei wurden sie von den Wachposten fotografiert Und verhöhnt.

Nur 17 von 940 deportierten Nürnberger Juden überlebten das KZ.

Die Station wurde 1957 in Bahnhof Langwasser umbenannt, 1988 hat man den Personenverkehr dort eingestellt. Seitdem wächst das Gelände langsam zu und verfällt nach und nach. Noch vorhanden sind die 60 Meter langen und 10 Meter breiten Unterführungen und die Treppenaufgänge sowie die Warte- und Schalterhalle. Die „Mauer" wurde dagegen weitgehend abgetragen.

Groß-Strehlitzer-Straße

 

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Nom

Arrivée

Départ

Destination

2530

Alfons de taevernier

18-7-44

6-12-44

Dachau via Nüremberg

2542

Alois Peeraer

18-7-44

25-9-44

Flossenburg

2546

Jacob Van Bael

18-7-44

8-3-45

Flossenburg

2547

Ludo Van Eeckhout

18-7-44

1-12-44

Dachau via Nüremberg

2566

Jozef Aerts

28-7-44

31-7-44

Ebrach hb versetzt

2572

Honoré Durry

28-7-44

31-7-44

Ebrach hb versetzt

2573

August Fruythof

28-7-44

31-7-44

Ebrach hb versetzt

2574

Frans Goetelen

28-7-44

31-7-44

Ebrach hb versetzt

2576

Jozef Janssens

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2577

Albert Lenaerts

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2578

Andre Lenaerts

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2579

Michael Marinus

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2580

Louis Mertens

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2581

Calixte Misotten

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2582

Adolf Mussels

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2585

August Pelkmans

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2586

Jozef Peters

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2587

Alfons Peeraer

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2588

Carolus Schoesetters

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2589

August Schoofs

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2590

Jozef Stevens

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2592

Jozef Verheyen

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2593

Jozef Verbruggen

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2595

Frans Van Eeckhout

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2596

Kamiel Van Baelen

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2597

Albert Van Baelen

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2599

Arthur Van Roy

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2601

August Willems

28-7-44

3-8-44

Ebrach hb versetzt

2643

Ward Deckx

8-8-44

17-8-44

Ebrach hb versetzt

 

Source : Archives de la ville de Bamberg
Rep. JVA St Georgen, Rep K190, Gef. Bücher nr 54
Rep. JVA St Georgen, Rep K 190, Gef. Bücher nr 72

 

 

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N ach dem Angriff auf die Sowjetunion verstärkten die Wiederstandsbewegungen in den besetzten west-europäischen Ländern ihre Aktivitäten erheblich. Daraufhin ordnete Hitler an, dass Landeseinwohner, die bei Aktionen gegen die deutsche Besatzungsmacht oder bei deren Vorbereitung verhaftet und nicht gleich durch militärgerichtliches Verfahren zum Tode verurteilt und sofort hingerichtet werden konnten, außerhalb ihres Landes zu verbringen seien.

V on dieser Vorgehensweise versprach sich Hitler eine besonders wirksame Abschreckung, denn die inhaftierten und noch nicht verurteilten Widerstandskämpfer sollten heimlich, „bei Nacht und Nebel" nach Deutschland deportiert, dort an einem geheimzuhaltenden Ort inhaftiert und schließlich unter Ausschluss der Öffentlichkeit abgeurteilt werden.

D ie Rechtsabteilung des Oberkommandos der Wehrmacht formulierte in Zusammenarbeit mit dem Rechtsjustizministerium den am 7.12.1941 ergangenen „Nacht- und Nebel-Erlass": "In den besetzten Gebieten ist bei Straftaten von nicht-deutschen Zivilpersonen, die sich gegen das Rech oder die Besatzungsmacht richten oder deren Sicherheit gefährden, grundsätzlich die Todesstrafe angebracht."

E ine Durchführungsverordnung regelte die Abgabe der „Nacht- und Nebel-", kurz N.N.-Verfahren genannt, von der Militärgerichtsbarkeit an die deutsche Justiz. Unter strengster Geheimhaltung sollten die Verfahren vor ausgewählten deutschen Sondergerichten durchgeführt werden. Da die Hinzuziehung ausländischer Zeugen und die Wahl eines Verteidigers der ausdrücklichen Genehmigung des Reichsjustizministers bedurfte, waren die N.N.-Gefangenen dem weiteren Prozessverlauf und jeglicher Willkür schutzlos ausgeliefert. Es konnte sogar geschehen, dass N.N.-Gefangene während des Transportes vom Gefängnis zum zuständigen Sondergericht spurlos verschwanden, da das für den Transport verantwortliche SS- und Gestapo-Personal die Gefangenen schon „liquidiert" hatte.

 

Personen die sich eines Vergehens gegen das Reich oder die Deutsche Streitkräfte in den besetzten Gebieten schuldig machen sind ins Geheim nach Deutschland zu überführen um verurteilt und bestraft zu werden‘

(NN Erlasz – 7 december 1941)

 

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KZ – Dachau

7/12/1944 → 1/2/1945

 

 

 

Lieberafbeelding30 Gott
mach mich stumm,


dass ich nicht nach Dachau kumm."

 

« Le 1/12/1944, tôt le matin, nous avons été tirés hors de nos cellules. Nous sentions qu'il se tramait quelque chose de désagréable… Nous avons fait le voyage dans un train de passagers ordinaire. Nous étions enchaînés deux par deux. À Nüremberg, nous avons dû traverser la ville à pied, d'une gare à l'autre. On nous insultait et on nous crachait dessus… »

(extrait de : ‘Zo was het in Dachau’ – Ludo Van Eck)

« C'était l'hiver, nous l'avons ressenti au froid piquant. À notre arrivée, nous avons dû attendre pendant des heures en pantalon et chemise dans le froid mordant. Enfin, nous avons été conduits avec force cris, insultes et coups vers une baraque. C'était mieux, mais il y avait de terribles courants d'air. Les anciens prisonniers étaient chassés de leur lit à coup de matraque pour faire de la place aux nouveaux-venus...”

(K. Goyvaerts)

Durant l'hiver 1944-1945, le camp était plus que surpeuplé. Le nombre de prisonniers avait grimpé à 1800 par baraque. À partir de décembre 1944, la ration de pain quotidienne a diminué de 1/5 à 1/12 de la ration de 250 grammes garantie par les conventions internationales. Il n'était même plus question de margarine ou de saucisse aqueuse. À midi et le soir, on ne servait plus qu'une soupe à l’eau. Au cours des derniers mois, les SS ne pénétraient même plus dans l'enceinte du camp de peur d'être contaminés par l'épidémie de typhus qui sévissait. Les kapo pouvaient donner libre cours à leur perversion et il régnait un terrible chaos. En outre, les moindres recoins du camp étaient infestés de puces et de poux. Les prisonniers travailleurs étaient d'abord logés dans les baraquements portant un nombre pair, et les nacht- und Nebel-Häftlinge dans les baraquements portant les nombres impairs.

Père logeait dans le bloc 29 N° 134.968. Celui-ci fut mis en quarantaine en raison de l'épidémie de typhus. Début 1945, il est tombé malade et est décédé le 1/2/1945 dans le bloc 30.

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« Ce qui se passait dans ce block 30 défie toute description. Les SS avaient décidé de laisser mourir les habitants de « mort naturelle ». On leur donnait une soupe moins épaisse, leurs manteaux puis leurs chandails leur furent enlevés et même leurs couvertures; Ils étaient couchés à cinq dans deux lits accotés ! En décembre, un SS trouvait l’atmosphère irrespirable, il fit enlever les fenêtres, ce qui provoqua évidemment chez ces malheureux des bronchites, des pleurésies, des broncho-pneumonies. Enfin le typhus exanthématique gagna ce block également : il avait ainsi franchi la « Lagerstrasse ». En définitive, ce qui s’est déroulé à partir de la fin de décembre 1944, en janvier et en février de 1945 au camp de concentration de DACHAU constitua une des plus effroyables tragédie de l’histoire de tous les camps de concentration. » (Mgr Neuhauser)

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Die Fleckfieberkranke entwickelte sich rasch, trat in Blüte, und nun begann in Dezember ein Massensterben, wie man es selbst in der Welt ohne Gott noch nie gesehen hatte. Hundert bis hundertfünfzig Leichen in einem Tag » .
(J. Hess)

« Nous étions des animaux. Nous nous sommes battus pour préserver notre dignité, la camaraderie et la solidarité. Mais nous avons tous connu des périodes où il n'y avait plus de dignité. Le fait de voir chaque jour des visages familiers disparaître ne nous touchait plus. Nous n'y pensions pas. Cela ne nous concernait pas. Frans Van Dulken, Alfons de taevernier, Kamiel Van Baelen. Je ne les voyais plus, donc ils étaient morts… »
(extrait de « Zo was het in Dachau » – Ludo Van Eck)

Floris BAKELS décrit la sensation de faim tenace :
« D'abord, vous ressentez une faim vorace, un sentiment de vertige et une sensation creuse au niveau de l'estomac. Vous tremblez sur vos jambes. Puis vient l'obsession : vous vous imaginez des aliments et des repas, et vous salivez. L'esprit se vide : un processus de destruction, de spiritualisation se met en place. Votre capacité de concentration diminue. Lorsque la véritable famine commence, de nombreux phénomènes physiques apparaissent. Bourdonnements dans la tête, genoux tremblants, constipation, rétention d'eau dans les pieds, sous les yeux, puis dans les jambes et les autres parties du corps (œdème). L'estomac semble être un corps étranger dans le ventre, vous le sentez flotter... Si vous vous blessez, la blessure s'infecte dans l'heure. Elle ne guérit que difficilement, voire pas du tout. La plupart du temps, une diarrhée chronique apparaît (due aussi au type d'alimentation). Vous avez plusieurs fois par jour un besoin urgent de déféquer, vos selles sont jaune sale ou brun clair et liquides. Vous avez à chaque fois l'impression que la vie elle-même s'échappe de vous. Petit à petit, le corps se décharne. Vous avez tout le temps froid… Vous lever demande un effort terrible, marcher encore plus. La communication avec vos compagnons d’infortune est inexistante, vous n'avez plus la force de parler. »

Beaucoup ont souffert de dystrophie. Cette maladie entraîne une paralysie à la fois physique et mentale, et a généralement la mort pour issue. Celle-ci survient habituellement par insuffisance cardiaque. Un seul avantage pour les malades : dans les derniers instants, ils sont abrutis, isolés et insensibles.

« Vous avez déjà vu des chiens enfermés dans le même enclos mais attachés à des chaînes différentes. Vous les avez peut-être observés au moment où ils reçoivent leur repas quotidien, hostiles les uns envers les autres et prêts à se sauter à la gorge si on leur présente un seul et même plat. C'est ainsi que nous étions une fois venue l'heure du repas. »

« Dans le camp, se trouvait ici et là un arbre. Il n'y avait plus une seule feuille aussi haut qu'un homme peut sauter. Elles avaient été arrachées et mangées par les prisonniers. Fusains, épluchures de pommes de terre, herbe, racines et chardons, tout était dévoré. »

En raison de la longue pénurie de nourriture, et pire encore, de la carence totale en protéines et vitamines, les prisonniers maigrissaient à vue d'œil. Ceux qui dépassaient encore les 50 kilos étaient des exceptions.

« Dans les blocs 19 à 29 inclus, les blocs du typhus, c'était l'horreur. Douze hommes dans 3 lits et on aurait pu en mettre plus. Ces squelettes humains n'étaient plus capables de se rendre sur la place d'appel et étaient donc abandonnés à leur triste sort. »

Bakels décrit le typhus à poux comme suit :
« un mal de tête tel que vous ne pouvez l'imaginer, à moins que votre imagination soit si puissante que vous puissiez vous figurer une hache enfoncée de plusieurs centimètres dans la tête. Et au-delà du feu et de la hache, il y a le jaune : vous voyez tout en jaune vif. »

« On m'a pesé à mon arrivée à Dachau le 1/12/1944. Je pesais encore 65 kilos et j'en étais fier car je m'en sortais mieux que la plupart de mes amis après notre séjour dans les différentes prisons. À mon retour chez moi, je ne pesais plus que ± 30 kilos. Mais j'avais aussi mieux traversé l'épreuve du camp de concentration que mes compagnons, ils étaient en effet tous décédés ».
(Ludo Van Eeckhout)

« Les hommes mariés, qui avaient une femme et des enfants, sont partis en premier. Ils pleuraient… ils étaient rongés par la nostalgie. Ils ne faisaient que parler de leur femme et de leurs enfants. Comment allaient-ils s'en sortir ? Est-ce qu'ils allaient leur manquer ? Ils ont tous péri »
(Jos Aerts)

Parmi les 29 membres de la résistance détenus, seuls 5 vivaient encore à la libération du camp. Ils avaient survécu, mais la plupart d'entre eux étaient en piètre santé .

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L'Abbé Froidure prie et soutient un prisonnier mourant...
ça pourrait être père

 

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Nom

Date

Lieu du décès

 

 

 

Alfons de taevernier

1/2/45

Dachau

Alois Peeraer

4/45

Flossenburg

Jacob Van Bael

3/4/45

Flossenburg

Ludo Van Eeckhout

-

Retour

 

 

 

Jozef Aerts

-

Retour

Honoré Durry

7/3/45

Flossenburg

August Fruythof

-

Retour

Frans Goetelen

7/3/45

Flossenburg

Jozef Janssens

15/4/45

Flossenburg

Albert Janssens

16/2/45

Herzbruck

Andre Lenaerts

22/3/45

Herzbruck

Michael Marinus

9/3/45

Herzbruck

Louis Mertens

4/45

Flossenburg

Calixte Misotten

15/6/45

Bruxelles après retour

Adolf Mussels

disparu

 

August Pelkmans

13/4/45

Dachau

Jozef Peters

?

Dachau

Alfons Peeraer

vermist

Flossenburg??

Carolus Schoesetters

9/3/45

Flossenburg

August Schoofs

4/45

Flossenburg

Jozef Stevens

31/3/45

Flossenburg

Jozef Verheyen

-

Retour

Jozef Verbruggen

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Frans Van Eeckhout

20/4/45

Herzbruck

Kamiel Van Baelen

11/4/45

Dachau

Albert Van Baelen

4/4/45

Herzbruck

Arthur Van Roy

8/3/45

Bergen-Belsen

August Willems

10/4/45

Herzbruck

 

 

 

Ward Deckx

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Selon un document du Ministère de la Santé publique et de la Famille datant de 1955, établi en prévision des fouilles qui seraient menées à Dachau, les restes de Père se trouvent très probablement dans la «  Fosse commune A » du cimetière de Dachau-Leitenberg. Cela a été confirmé par le KZ-Gedenkstatte Dachau ( Mémorial du camp de concentration de Dachau ).

 

Derrière la froide logique de ce mécanisme, il y avait les néfastes mystères de la mort qui se tapissait en silence dans le camp. Vous aviez les injustes et horribles lois du hasard qui accompagnaient à tout moment le prisonnier, ici plus que nulle part ailleurs, qui le tenaient à l'œil, qui portaient le choix de telle corvée ou de telle punition sur lui pour la énième fois, qui faisaient qu'il était touché plus vite qu'un autre par la maladie et que cela signifiait la mort immédiate ; vous aviez la magie des choses qui voulait que des événements innocents qui trouvaient leur origine dans un élément secondaire provoquaient soudain à une réaction en chaîne qui vous entraînait sur la pente désastreuse qui enrayait et arrêtait soudain la belle et invincible machine, qui rendait impuissants les gens qui avaient avant le contrôle et les mettait dans une situation humiliante, ce qui déclenchait chez eux une réaction de colère terrible, donnait lieu des actions arbitraires, à un déferlement de punitions ; il y avait les jours et les semaines de privations ; il y avait la confusion du temps qui semblait durer une éternité, jusqu'à ce que vous perdiez toute volonté, tout espoir, et même tout désir, tout se mêlait, vous étiez pris en étau, car tout s'accélérait soudain, un étau inexorable qui est chaque minute plus serré, qui confère à chaque seconde son lot d’incertitude ; et vous aviez le climat avec ses aléas et ses tourments, les rumeurs qui se répandaient comme une traînée de poudre, elles étaient sur toutes les lèvres, et la gêne qu'elle entraîne, et le contact de peau indésirable, vous aviez la faim, incessante, à perdre la raison et l'odeur écœurante, vous aviez la perte terrible de l'intégrité morale, ce qui faisait du déporté le plus grand ennemi du déporté, car tout le monde avait conclu une alliance avec la faim, l'instinct de survie et la folie , et vous aviez ces innombrables petites choses du quotidien qui pouvaient à tout moment prendre une tournure tragique ; mon Dieu quelle tragédie, alors qu'il n'était question que d'une chaussure volée ou d'un chapeau perdu, un regard de trop à un officier, une seconde d'inattention, une gamelle cassée, une entorse au pied, la dysenterie, des douleurs lombaires, une blessure qui s'infecte ; vous aviez cette pression pesante de toujours faire croire que vous étiez capables de travailler et de ne jamais éveiller les soupçons ; vous aviez ce tourbillon qui vous hantait la tête vingt-quatre heures sur vingt-quatre, cette inquiétude lancinante, ces questions sans réponses, des moments de surtension maladive, des peurs enfantines, des besoins qui vous tenaillent, des rêves impossibles, des souvenirs fugaces d'une autre vie, dans un monde où le soleil brillait, où régnait jour et nuit une grâce que vous partagiez avec les autres. Un rien entraînait la mort, un rien rendait la vie insupportable, tout était incertain, voué à l'échec, tout était placé sous le signe de la tristesse, de la pourriture. Très vite, plus personne n'espérait que la belle et invincible machine continue à fonctionner toujours. Peut-être priait-on même Dieu pour qu'il oublie les hommes et veille à ce que rien n'offense la Bête. Elle pouvait avoir ses morts, elle pouvait se repaître, pour autant qu'elle ne tourmente plus les hommes. Si tout se passait bien, vous pouviez vous accorder quelques moments de repos. Si tout suivait son cours, vous pouviez attendre votre dernière heure et mourir en paix.

 

David Olère « Laatste stappen »

 

Je me souviens comme si c'était hier que nous courrions, Mère et moi, en direction du Béguinage ou du Kasteeldreef, lorsque les survivants revenaient d'Allemagne en camion.

« Ils arrivaient, d'abord dans des camions ouverts, à peine vêtus de leurs tenue de prisonnier, totalement épuisés et méconnaissables – des squelettes, parfois couverts de plaies ».

Pour nous, c'était chaque fois une terrible déception. Les images de Mère qui, de retour à la maison, pleurait assise à la table de la cuisine ne s'effaceront jamais de ma mémoire.
L'enterrement de Père a eu lieu le 19/7/1945 à l'église St.-Pieter à Turnhout.

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Après la guerre nous parvinrent les témoignages :

  • L'Abbé Froidure, qui avait bien connu Père à Dachau, a raconté à quelqu'un à Kasterlee (une photo de Père se trouvait sur la cheminée) qu'il avait écrit les derniers mots de Père dans son missel. Il n'a jamais voulu les révéler, même lorsque Mère et moi le lui avons demandé alors qu'il célébrait une messe à Coxyde où nous étions en vacances.

  • Le Dr Breemans (Hoogstraten – compagnon de cellule de la Begijnenstraat) m'a apporté un sachet de caramels au chocolat, car Père lui avait répété maintes fois que j'adorais les bonbons. Plus tard, il écrivit une lettre très touchante.

  • Le Comte Thierry de Renesse, qui était aussi à Dachau, nous écrivit une lettre

  • Et bien d'autres…

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cliquez pour agrandir.

Lettre du Comte Thierry de Renesse qui était avec père à Dachau

 

 


 

 

 

 

Après la guerre, Mère resta seule avec 3 jeunes enfants. Ce furent des années extrêmement difficiles. Un tiroir plein de médailles, de diplômes, de certificats.... mais rien à mettre sur la tartine.

 « C'est pour cela que j'en ai voulu à Père de nous avoir sacrifiés, nous, sa femme et ses enfants.

 

Pour qui ? Pourquoi ?

Et pourtant, maintenant que j'ai atteint l'âge mûr, je peux comprendre l'esprit de l'époque, cette passion, cette foi, par lesquels lui qui aujourd'hui pourrait être mon fils, s'était laissé emporter."

 

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Monument à Turnhout pour les Prisonniers Politiques mort pour la Liberté
1940 - 1945

 


 


Autant des morts, des morts politiques, des combattants de la résistance de tous les pays d'Europe, des campagnes et des montagnes n'ont pas été victimes des sévices, d'exécutions sommaires, de tortures... mais sont morts d'épuisement, en raison d'une incapacité soudaine à surmonter la fatigue, démolis par la démolition, le lent épuisement de leurs réserves d'énergie et d'espoir. »
Jorge Semprún – « Le Mort qu'il faut » (pag. 130-131)

 


 


« Ce regard !!
Dans ce regard, vous pouviez soudain voir un changement, la cassure, lorsque le désespoir atteignait un point de non-retour. »
Jorge Semprún – « Le mort qu'il faut » (pag. 136)

 


 


« Pour connaître le MAL, on n'a pas besoin de camps de concentration. Mais ici, cette expérience est fondamentale, elle a tout envahi, tout dévoré... C'est l'expérience du mal radical. »
J.Semprun « L'écriture ou la vie. »

 


 


Ces personnes avaient une seule chose en commun : ils sont morts parce qu'ils se sont opposés aux nazis. Leurs noms sont à peine connus. Ils sont, comme des milliers d'autres prisonniers politiques, tombés dans l'oubli de l'histoire. Parce que, malgré toutes les publications sur la Seconde guerre mondiale, la plupart des personnes, en entendant « "camp de concentration » ne pensent qu'à l' « holocauste ». Les camps de concentration étaient pourtant avant tout des camps où les opposants politiques étaient emprisonnés.

 


 


Mais avons-nous ici affaire à des héros ?
Ils n'ont rien fait de surhumain. Ils ont défendu une cause très simple, ils se sont dressés pour une cause juste, pour les droits et la liberté de l'individu, pour son épanouissement et sa liberté. Ils ne se sont pas sacrifiés pour une idée hors du commun, ils n'ont pas poursuivi de grands objectifs ; ils voulaient que les gens comme vous et moi puissent vivre dans un monde humain. Mais c'est peut-être justement cela qui est grand : le fait qu'ils se soient sacrifiés pour une cause aussi ordinaire et aient mis leur vie en danger, le fait qu'ils aient eu la force de défendre les droits les plus simples par le sacrifice ultime.
Il est probablement plus difficile de se battre pour une bonne cause sans l'enthousiasme général, sans grands idéaux, sans le soutien d'organisations et sans obligation, et de mettre seul sa vie en jeu. Le véritable héroïsme réside peut-être dans le fait que quelqu'un défende avec véhémence les petites choses évidentes du quotidien, après s'être tant épanché sur de grandes causes.
(Inge Scholl dans « La rose blanche »)



 


 

 


EN QUOI LA RÉSISTANCE A-T-ELLE ÉTÉ UTILE ?
La résistance a tout d'abord été utile d'un point de vue militaire. Même si les clandestins ne sont pas parvenus à atteindre suffisamment les Allemands pour que ceux-ci relâchent leur emprise sur le pays, l'occupant a indubitablement été affecté par les actes de la résistance qui ont donc été précieux pour les alliés. Ainsi, les actes de sabotage qui ont été perpétrés à grande échelle entre l'automne 1943 et la veille de la libération, ont été extrêmement dommageables pour l'occupant. En particulier les dégâts causés au réseau ferroviaire qui ont fortement ralenti le transport des troupes, du matériel militaire et des matières premières. De même que les dommages apportés aux voies de navigation intérieures et les attaques portées contre des pylônes et des centrales électriques, grâce auxquelles des usines ont été dans l'incapacité de produire pour l'ennemi pendant plusieurs heures. Une autre conséquence : une forte main d'oeuvre a dû être retirée de la production pour se consacrer aux réparations et à la surveillance des complexes. À titre d'exemple, mentionnons que, durant le premier trimestre de 1944, l'administration militaire a subi 633 actes de sabotage au niveau du réseau ferroviaire et 87 coupures délibérées de l'alimentation électrique. Ces actes ont surtout été préjudiciables à l'occupant quand, à partir du printemps 1944, ils ont été accompagnés de frappes aériennes alliées et de l'offensive terrestre menée depuis les plages de Normandie. Les dizaines de milliers de documents que les services de renseignements ont fait passer à Londres, ont aussi contribué à la victoire finale. Les informations ne revêtant pas toutes la même importance – en raison de la lenteur des connexions et des difficultés rencontrées pour distinguer le vrai du faux – seul un faible pourcentage de celles-ci a été réellement utilisé. Cependant, le flux de départ était si important que malgré tout, d'innombrables informations ont été mises à profit, dont les plus utiles ont permis d'orienter les frappes aériennes alliées et surtout de déterminer l'emplacement de terrains militaires ou industriels camouflés. Enfin, les lignes d'évasion ont permis à des centaines de pilotes de retourner en Grande-Bretagne et, de là, de reprendre le combat ; à des dizaines d'agents de transmettre les rapports de leurs missions dans les territoires occupés ; et à de nombreuses personnalités de partir s'installer à Londres pour y assumer des fonctions stratégiques. Les nombreuses attaques avaient aussi une importance militaire indirecte. En mettant par exemple fin aux activités des informateurs, les résistants ont pu protéger des mouvements et des réseaux précieux pour les alliés. Cependant, les 850 attaques mortelles sur des collaborateurs n'avaient pas toutes pour objectif principal de neutraliser des personnes qui représentaient un danger immédiat pour la résistance. Certaines d'entre elles visaient clairement à dissuader les gens de frayer avec l'ennemi et de continuer à collaborer avec lui. Les attaques, mais aussi et surtout la presse illégale, avaient pour but d'empêcher la population de collaborer. La propagande a poussé les masses, qui par prudence restaient inactives, à se dresser contre l'occupant. Elle apportait en outre à la population un soutien moral dans les épreuves, parfois même avec humour, comme le 9 novembre 1943, lorsque le Front de l'indépendance a publié une parodie d'un numéro censuré du Soir, qui persiflait le discours d'un adversaire. La presse clandestine en soutenant le débat démocratique, et les services des renseignements en envoyant nombre d'informations politiques et économiques au gouvernement belge à Londres, ont contribué, après la libération, au redémarrage relativement rapide de la vie publique. Enfin, la résistance a aussi un mérite non négligeable
dans le domaine politique : grâce au bon exemple donné par la résistance et à l'influence qu'a eu la clandestinité sur la population, les vainqueurs du conflit ont gagné en crédit auprès de la Belgique.
D'un point de vue humanitaire, la résistance a soutenu les familles de ses membres arrêtés pour raison politique, mais aussi des dizaines de milliers de réfractaires, et a permis de sauver environ trente mille juifs d'une mort certaine.
Par ailleurs, la réputation de la résistance a perdu une partie de son lustre en raison d'actes de violence déplacés – des attaques injustifiées, des vols à des fins personnelles – commis par des groupes qui ont souvent joué un rôle périphérique pendant l'occupation. L'image de la résistance a pourtant surtout souffert de l'éloge artificiel de ses troupes lors de la libération et, dans certains cas du fait d'exactions à l'encontre de collaborateurs réels ou supposés. D'autre part, les actes commis par la résistance pendant l'occupation étaient en grande partie méconnus du grand public, à tel point que la reconnaissance en septembre 1944 s'est principalement portée sur les forces alliées. La résistance est pour la majeure partie de la population un élément étranger. La symbiose entre la résistance et « les masses », surtout vers la fin de l'occupation, ne fut que temporaire. La sympathie mutuelle ne reposait en effet généralement que sur une haine commune de l'occupant. La principale valeur qui animait la résistance, le patriotisme, n'offrait donc que peu de possibilités après la libération. On peut tout au plus dire que le renforcement du nationalisme belge a mis un certain temps avant de réduire au silence les prétentions wallonnes et surtout flamandes. Pour le reste, les résistants sont profondément divisés, comme en témoignent leurs points de vue très différents par rapport à la Guerre froide ou la question royale. Peut-être cela est-il dû à l'échec des groupements politiques qui après la guerre ont recherché l'adhésion de milieux extérieurs à la résistance. C'est certainement le cas du Parti communiste, qui pensait à tort pouvoir compter sur le soutien des masses qui, sous l'occupation, soutenaient de près ou de loin le Front de l'indépendance. Il en va de même pour l'Union Démocratique Belge (UDB), une organisation travailliste qui s'est développée dans les milieux chrétiens de gauche et qui a basé sa campagne électorale uniquement sur l'implication d'un grand nombre de ses candidats dans la résistance, et a subi une amère défaite.Enfin, le mince héritage politique de la résistance s'explique aussi par la position subsidiaire qu'a occupée la résistance dans les stratégies des trois partis traditionnels. Sans débouché politique direct, la résistance a eu toutes les peines à faire entendre sa voix dans les années d'après-guerre. À cela s'ajoute que sa principale caractéristique – la fidélité à la patrie – fut difficilement utilisable à partir des années soixante dans un pays où les forces centrifuges gagnaient de plus en plus de terrain.

 

 

 


 

 

 

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"O DEUTSCHLAND, BLEICHE MUTTER! WIE HABE DEINE SÖHNE DICH ZUGERICHTET DASS DU UNTER DEN VÖLKERN SITZEST EIN GESPOTT ODER EINE FURCHT!!!
„O DEUTSCHLAND, BLEICHE MUTTER! WIE SITZEST DU BESUDELT UNTER DEN VÖLKERN......!!!!"
B. BRECHT

 


 


"Through quiet Dachau's cobbled streets, The bull-drawn carts plod their way, Past shops, cafes, and cool retreats, Past churches where the townfolk pray, On through the town they haul their freight Of starved and naked dead....... Up to the hill where the mass graves wait .... At last the end of fear and dead.
Le chant des dix-huit morts
Une cellule a deux mètres de long et deux mètres de large, et encore plus petit est le morceau de terre, que je ne connais pas encore, où je vais reposer, anonyme, avec mes camarades sur moi, nous étions dix-huit, aucun de nous ne verra le crépuscule.
Je savais que la mission que j'avais commencée, était une tâche difficile, mais mon coeur, ne pouvant s'en départir, n'a jamais fuit le danger. Il sait qu'autrefois dans ce pays la liberté était honorée, avant que la main maudite du profanateur en ait décidé autrement.
Je vois les premières lueurs de l'aube, pénétrer par la haute fenêtre, Mon Dieu, faites que la mort me soit légère et puisque j'ai échoué, comme chacun de nous peut échouer, accordez-moi votre pardon, pour que je parte comme un homme, tandis que je me tiens devant les canons....
Jan Campert (1902-1943)

 


 

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Roger en visite à Dachau

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