Message du député au Landtag Karl Freller, Directeur de la Fondation des Mémoriaux bavarois et Ancien Secrétaire d’état prononcé lors de la commémoration de la libération du camp de Dachau le 2 Mai 2

Les images de la libération des camps de concentration il y a 65 ans sont imprimées dans notre mémoire à tous. Des cadavres empilés les uns sur les autres ; des êtres décharnés au regard désespéré, une infinie désolation. Inconcevable.

Qu’ont pensé les soldats américains, des jeunes pour la plupart, lorsqu’ils sont arrivés à Dachau en ce début de soirée du 29 avril et qu’ils libérèrent 30.000 détenus concentrationnaires plongés dans une misère noire et une détresse incommensurable ? C’est avec respect et très cordialement que je remercie nos amis américains – et je suis vraiment très heureux que quelques libérateurs d’autrefois soient ici avec leur famille !

Le bilan de l’horreur que l’on a établi après 1945 pour Dachau et ses nombreux camps extérieurs - dont Mühldorf et Kaufering – et qui ne pourra jamais être totalement terminé, était profondément bouleversant : au moins 41.500 morts, des êtres assassinés au cours des 12 années de dictature nazie : au moins 160.000 autres victimes marquées à vie par les tortures, le travail forcé et l’avilissement, marquées jusqu’à aujourd’hui. Sans oublier Hebertshausen situé à proximité et où quatre à cinq mille prisonniers de guerre russes ont été abattus. L’enfer sur terre.

Dachau a vu le jour immédiatement après la prise du pouvoir par Hitler. École du crime des SS, premier camp de concentration au monde. Semblable à une tumeur pernicieuse – à la différence qu’elle résultait de la volonté perfide d’hommes – les camps de concentration se sont répandus comme des métastases dans toute l’Europe. Devenant toujours plus grands, ayant de plus en plus pour but l’extermination exclusive d’êtres humains.

La pensée est le début de l’action. Ils furent trop peu nombreux ceux qui, en Allemagne, mais malheureusement aussi à l’étranger, firent front face aux intentions criminelles d’Hitler alors qu’il était encore temps. Et ces êtres humains qui résistèrent à Hitler, à ses bourreaux et à sa politique, méritent d’autant plus le respect le plus profond. Je pense là par exemple au maître artisan Georg Eisler dont l’attentat du 8 novembre 1938 contre Hitler échoua et qui fut assassiné au camp de concentration de Dachau le 9 avril 1945 – il y a donc aussi presque 65 ans jour pour jour

« Plus jamais ça ! » a été gravé dans la pierre, à quelques mètres d’ici. Une double mise en garde : Dachau - un lieu du souvenir, Dachau – un lieu chargé d’une mission !

Tirer de l’oubli les victimes presque oubliées, redonner leur nom aux victimes, faire revivre des destins particuliers à partir des chiffres des victimes – voilà une partie de la mémoire.
Agir pour qu’il n’y ait plus jamais de victimes à l’avenir,
Agir pour qu’on n’y ait plus jamais de criminels à l’avenir,
Cela fait du mémorial du camp de Dachau un lieu chargé d’une mission.

Cela ne peut réussir que si une nation toute entière fait corps avec fermeté sur ces questions :

Si des parents apprennent à leurs enfants dès leur plus jeune âge : « Ne fais pas à d’autres ce que tu ne veux pas qu’on te fasse ! »
Si on dispose d’assez de temps à l’école pour la formation du caractère et celle du cœur et pour un cours d’histoire valable. Seul celui qui connaît l’histoire, peut en tirer des leçons.
Si des hommes, non seulement ne sont pas discriminés pour leur croyance, leur appartenance nationale, leur sexe, leur couleur de peau, leur prédisposition, leur âge, leur handicap mais sont activement protégés contre toute discrimination. Si des institutions ne tolèrent pas que dans leurs rangs des fondés de pouvoir nient l’existence des camps de concentration. Si nous interdisons enfin le NPD : Il ne doit pas faire partie du paysage de nos partis. L’Allemagne est une véritable démocratie. Elle doit montrer les dents à ce sujet.
Si nous arrivons à créer un climat de lumière et de cohésion de telle sorte que les partis et organisations extrémistes n’aient dès le début aucune chance.
Si nous n’acceptons pas qu’après Hitler un autre chef d’état maintenant de vouloir éradiquer le peuple israélien. De nouveau fait loi : Opposez-vous aux prémices !

Monsieur le Président fédéral, au nom de la Fondation, je vous suis extrêmement reconnaissant d’être venu mais plus particulièrement pour vos propos clairs. Votre exemple marque l’Allemagne de son empreinte, votre présence fait référence, vos paroles sont écoutées. Cela fait du bien de savoir qu’un homme avec ces convictions est à la tête de l‘Allemagne.

J’aimerais consacrer mes considérations finales aux survivants. Leur présence pour laquelle nous leur sommes si reconnaissants, témoigne de leur personnalité extraordinaire, combien ils sont empreints d’une incroyable humanité.

Sans pitié et à dessein, les nazis ont noyé, abattu, fusillé, gazé au moins 1,5 Millions d‘enfants, pour la plupart des enfants juifs et des enfants de Sinté et Roms. Il n’existe pas de crime plus grave que celui-là dans l’histoire de l’humanité.

En 1945, sept nouveau-nés et leurs mères ont survécu dans le Kommando extérieur de Kaufering. Qui connaît les circonstances régnant à cette époque, ne peut concevoir cela que comme un miracle. Lorsque le médecin du camp a voulu que l’une des mères lui remette le petit Georges et la menaça autrement de la tuer, cette mère lui a répondu : «  Si le temps est venu de mourir, nous irons ensemble à la mort. Je ne donne pas mon fils. ». Tous les sept vivent toujours, âgés de 65 ans, ce sont les plus jeunes survivants. Cinq d’entre eux se sont rencontrés ici à Dachau pour la première fois. Et justement, rien ne pourrait plus nous réjouir et nous honorer que leur nouveau retour.

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