Allocution de Me Pieter J.Ph. Dietz de Loos, Président du CID, 2 mai 2010

Chers Amis, Anciens déportés du camp de Dachau et de ses Kommandos,
Monsieur le Président fédéral et chère Madame, Mesdames, Messieurs,

J’ai l’immense plaisir de vous souhaiter la bienvenue pour ce soixante-cinquième anniversaire de la libération du camp de concentration de Dachau et de ses Kommandos, célébration en présence, pour la première fois, du Président de la République Fédérale d’Allemagne, Monsieur Horst Köhler et de son épouse.

 M. le Président fédéral, nous tous, Ancien détenus de camp de concentration de Dachau et de ses Kommandos, leurs familles, les membres du Mémorial, les institutions religieuses, la Fondation des mémoriaux bavarois, les citoyens de la ville de Dachau, les représentants diplomatiques, et tous ceux que je n’ai pas pu nommer, nous vous accueillons avec le plus grand respect, et nous vous remercions de votre venue.

Nous sommes heureux d’avoir à nos côtés six des sept enfants nés au Kommando de Kaufering :
Agnes RAPINÉ, fille d’Ibolya Kovács,
Judit KÁLMÁN, fille de Magda Schwarcz,
Le Prof. George LEGMANN, fils d’Elisabeth Legmann,
Marika NOVÁKOVÁ, fille d’Eva Fleischmannová,
Le Dr. Leslie ROSENTHAL, fils de Miriam Rosenthal et
Hana KLEIN , fille de Dora Löwy.

Merci d’avoir eu le courage de revenir ici pour la première fois, d’avoir fait le voyage depuis le Brésil, la Hongrie, la Slovaquie, le Canada, Israël pour être parmi nous aujourd’hui.

Venus du monde entier à cette rencontre internationale, nous sommes réunis pour honorer les anciens détenus qui ont souffert et qui sont morts et ceux qui en sont revenus, après avoir subi les horreurs de cette détention.

Permettez-moi d’évoquer le massacre de Katyn. En effet, mon père Dirk de Loos, résistant politique déporté « Nuit et Brouillard », n’a pas été fusillé suite à la découverte du charnier de Katyn : les nazis, accusés de ce crime, n’ont alors pas exécuté certains résistants politiques condamnés. Personnellement je vis, ma famille vit, du fait des officiers polonais assassinés à Katyn. J’ai une dette de reconnaissance personnelle envers le peuple de Pologne.

Pozwólcie mi Państwo poruszyć kwestię rzeźni katyńskiej. Bowiem mój ojciec, Dirk de Loos, deportowany polityczny bojownik o wolność „Noc i Mgła”, nie został stracony w wyniku odkrycia grobów masowych w Katyniu: naziści, którzy zostali oskarżeni o popełnienie tej zbrodni, nie są tymi, którzy swego czasu dokonali straceń skazanych politycznych bojowników o wolność. Jeśli o mnie chodzi, to moja rodzina i ja zawdzięczamy nasze życie polskim oficerom zamordowanym w Katyniu. Jestem narodowi polskiemu z tego względu ogromnie zobowiązany.


Le camp de concentration de Dachau fut libéré le 29 avril 1945 par l’Armée américaine.
 
Nous sommes particulièrement honorés par la représentation américaine aujourd’hui.

Le 29 avril 1945 a apporté la liberté physique aux déportés mais la souffrance psychique est restée.

Mais aussi importante est la date de la création du camp.
Le 22 mars 1933 le camp de concentration de Dachau fut ouvert.

L’accueil réservé par les SS aux arrivants dès les premiers jours de leur détention à Dachau, faisait partie intégrante d’une « thérapie » visant à briser la personnalité du détenu.

Cet instrument de terreur deviendra le modèle et le prototype du régime concentrationnaire visant à exterminer l’opposition allemande, et plus tard, l’opposition internationale au régime nazi.

Dachau est le symbole de l’opposition et de la résistance au nazisme.

Le camp fut « l’École de la violence », le modèle pour plus de 1650 camps de concentration et d’extermination érigés par le système nazi.

Nous connaissons trois grandes périodes :

de 1933 à la guerre, avec la consolidation du régime nazi et l’internement des opposants politiques, pour briser l’opposition politique  au régime nazi ;

puis l’accroissement du nombre des déportés originaires des territoires occupés et leur internationalisation avec les premiers succès militaires de l’Allemagne nazie jusqu’en 1941 ;

et enfin, avec le tournant militaire de la guerre, l’exploitation physique systématique des détenus dans l’économie de guerre allemande.

Ici, dans le Bunker, des détenus ont été torturés de façon indescriptible.

Ici, des expériences pseudo-médicales ont été effectuées, par des médecins qui avaient prêté serment de soigner et de guérir leurs patients et non de les traiter comme des cobayes humains.

Ici, 583 homosexuels furent emprisonnés, la malaria fut inoculée à nombre d’entre eux et certains ont été émasculés.

Ici, des potences furent dressées et des déportés pendus.

Ici, 2720 prêtres de vingt nations furent internés dont plus de la moitié de Polonais (1870).

Ici, à Hebertshausen, plus de 7000 Russes et Ukrainiens ont été abattus.

Ici, Himmler a tiré des enseignements pour effectuer la déportation et l’extermination systématique du peuple Juif et des Sinti et Roms.
N’oublions surtout pas le génocide perpétré contre les Sinté et Roms qui était également un objectif essentiel de la politique raciale des nazis, un génocide longtemps oublié, même encore aujourd’hui. Il  faut rappeler qu’un demi-million de Sinté et Roms ont été victimes de cette politique raciale, victimes notamment d’exécutions massives à l’arrière du front, de gazages, du travail forcé et d’expérimentations médicales.
Ici à Dachau et notamment dans la dizaine de camps annexes de la région de Muhldorf et de Kaufering des dizaines de milliers de Juifs ont été exterminés à partir de l’été 1944. Pour eux, seule la forme de la « solution finale » changea. Au lieu d’une mort rapide dans les chambres à gaz, ils furent pressurés à mort, leur énergie et leur force de travail exploitées au profit des efforts de guerre du régime nazi.

Ici, et dans les Kommandos extérieurs, des être humains ont été dépersonnalisés de façon inhumaine et impardonnable.


Pourquoi nous retrouvons-nous ici ?

Nous nous sommes réunis pour honorer ceux qui ont été massacrés mais aussi ceux qui en sont sortis et qui ont poursuivi leur vie en proclamant « plus jamais ça ». Leur souffrance a pesé sur leurs familles. Ils ont quitté Dachau mais Dachau ne les a plus quittés.

Cela nous amène à la question de la Mémoire. Comment passer ce message aux générations montantes ? Surtout dans le monde actuel, où perdurent guerres et  persécutions ethniques ?

Comment à l’avenir gérer cette histoire dans la dignité ?

Les Anciens, les déportés, sans aucune distinction de catégorie, ont combattu ce système barbare. Ils ont tous résisté.

Unis dans leur effort pour combattre ce système criminel et barbare qui régnait sur l’Allemagne, ils le sont encore et toujours aujourd’hui.

Ils ont déjà, pendant leur captivité, fondé le Comité International à Dachau, avant de le recréer officiellement en 1958.

Ils se sont donc unis, dans leur internationalité et en toute égalité, rescapés déportés de 37 pays, de divers groupes ethniques et de différentes convictions politiques, philosophiques ou religieuses.

Ils nous laissent un devoir : celui de transmettre leur histoire spécifique aux générations montantes par le Mémorial du camp de concentration de Dachau, mais aussi par la conduite de projets internationaux et par les liens des amicales nationales existantes.

Le devoir de ne pas oublier ce sinistre passé, ces faits sont rappelés dans le livre « C’était ça, Dachau », de Stanislav Zamecnik, ancien déporté à qui nous sommes reconnaissants d’avoir écrit cet ouvrage de référence. C’est un document précieux qui nous aide dans notre tâche et que j’aurai, dans un instant, le plaisir de remettre officiellement à Monsieur le Président fédéral avant de poursuivre les cérémonies.

Le CID est confiant dans la force de la démocratie en Europe, et surtout en Allemagne.

Le CID a convié des Chefs d’États et d’autres hautes personnalités à rejoindre son Comité d’Honneur. Le CID est particulièrement honoré que Monsieur Hans-Gert Pöttering, Président du Parlement Européen de 2007 à 2009, que Monsieur Danilo Türk, Président de la République de Slovénie et que Monsieur Stjepan Mesic, ancien Président de la République de Croatie, aient déjà accepté cette invitation.

Le CID espère que d’éminents représentants d’institutions fédérales et bavaroises accepteront aussi notre invitation à rejoindre son Comité d’Honneur.

Le CID salue les autorités allemandes et leurs concitoyens pour leur collaboration à notre travail de mémoire et leur en est reconnaissant. C’est un heureux présage pour la poursuite de notre coopération.

Le CID est confiant, assuré de pouvoir travailler ensemble afin de préserver la mémoire et de vulgariser au niveau international la devise : « Plus jamais ça».

Je vous remercie de votre attention.

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